Lundi, 14 mars 2016

Vers le début de la semaine prochaine, le gouvernement fédéral libéral déposera son premier budget. Ce sera une occasion historique de répondre à la crise des emplois et de commencer à réparer les services et les programmes sur lesquels la population canadienne compte.

Les travailleurs et les travailleuses du Canada et leurs familles se trouvent dans une situation économique précaire, mais le Canada est bien placé pour l’améliorer. En octobre dernier, les libéraux ont été élus précisément parce qu’ils reconnaissaient cette situation et promettaient de prendre des mesures audacieuses pour la rectifier.

Voici les 10 principaux éléments que les syndicats canadiens veulent voir dans le budget fédéral de la semaine prochaine : 

1. Investissements stratégiques dans l’infrastructure

L’investissement de façon ciblée et stratégique dans l’infrastructure est une des meilleures mesures que notre gouvernement peut prendre pour créer des emplois, stimuler notre économie et lutter contre les changements climatiques.

Les syndicats incitent le gouvernement à tenir sa promesse électorale d’investir dans l’infrastructure, et particulièrement celle des transports en commun, des logements à prix abordable, des établissements pour aînés et des garderies.

2. Réparations de l’assurance-emploi

L’assurance-emploi est un régime vital pour les personnes en chômage et leurs collectivités. Malheureusement, les modifications qui y ont été apportées par les conservateurs sont telles que les sans-emploi qui en ont besoin n’ont pas toujours accès aux prestations.

La réparation de l’assurance-emploi est un des meilleurs moyens de stimuler notre économie car elle permet aux personnes en chômage de toucher des prestations qu’elles dépensent dans leur collectivité locale dans un délai de quelques semaines.

Il y a bien des mesures à prendre pour rétablir les prestations d’AE dont les travailleurs et les travailleuses du Canada ont besoin. Voici à peine quelques-unes des mesures que le gouvernement peut prendre sans tarder pour améliorer notre régime d’AE :

  • Éliminer la période de référence de 910 heures nécessaire à l’admissibilité des personnes qui deviennent ou redeviennent membres de la population active;
  • Annuler les modifications apportées par les conservateurs en 2012 qui créent des catégories distinctes de prestataires en fonction de leurs antécédents et qui modifient la définition de l’emploi convenable et des efforts raisonnables de recherche d’emploi;
  • Annuler la compression des services d’accueil, qui a créé de longs délais d’attente de prestations. 

3. Formation professionnelle et mise en valeur de la main-d’œuvre

Les syndicats canadiens ont trouvé encourageants les engagements électoraux du gouvernement à mettre en valeur notre main-d’œuvre en aidant les Canadiens et les Canadiennes, et particulièrement les jeunes, à accéder à la formation professionnelle. Il s’agit notamment d’engagements à :

  • Investir 300 millions de dollars par année dans la Stratégie emploi jeunesse, créer au moins 40 000 emplois par année pour les jeunes et créer ou élargir des programmes de formation préapprentissage;
  • Investir 500 millions de dollars de plus chaque année dans la formation des personnes admissibles à l’AE dans le cadre des ententes sur le développement du marché du travail conclues avec les provinces et les territoires;
  • Investir 25 millions de dollars par année dans les établissements de formation donnée de concert avec les syndicats.

Les femmes demeurent sous-représentées dans les métiers spécialisés. Elles ne comptent que pour 3 % des apprentis inscrits dans les métiers de la construction, de l’industrie automobile et de la fabrication. Les projets d’infrastructure fédéraux donnent au gouvernement fédéral une occasion idéale de collaborer avec les syndicats et les chefs de file de l’industrie pour niveler les obstacles à la participation des femmes aux métiers spécialisés et favoriser celle-ci.

4. Soins de santé répondant aux besoins de notre population vieillissante

Il existe un besoin pressant de prendre des mesures dans le domaine de la santé afin de relever le défi du vieillissement de la population et de commencer à réparer les dommages causés par l’amputation du budget de la santé de 36 milliards de dollars à laquelle les conservateurs ont procédé. Le Congrès du travail du Canada incite le gouvernement fédéral à :

  • s’engager à commencer à payer au moins 25 % du coût des soins de santé d’ici 2025;
  • collaborer avec les intervenants à l’établissement d’une stratégie nationale sur les aînés prévoyant des soins à domicile, des soins de longue durée et des services de soutien communautaires;
  • créer un programme national universel d’assurance visant les médicaments sur ordonnance qui pourrait permettre de réduire le total des dépenses relatives aux médicaments d’une somme pouvant atteindre 11 milliards de dollars et répondre à un besoin vital des personnes âgées et d’autres membres de la population canadienne;
  • recruter, former et maintenir en emploi davantage de travailleurs et travailleuses de la santé afin de réduire les temps d’attente.

5. Investissement dans les services de garde à l’enfance

Le coût élevé des services de garde à l’enfance met un trop grand nombre de familles canadiennes à court d’argent. L’investissement dans la garde à l’enfance peut créer un nombre appréciable d’emplois et aider les parents, et particulièrement les mères, à réintégrer le marché du travail.

Les dépenses consacrées par le Canada aux services éducatifs et de garde à l’enfance sont beaucoup plus faibles que celles des autres pays membres de l’OCDE, mais le prochain budget fédéral peut engager l’amélioration de la situation en prévoyant des investissements modérés immédiats dans la garde à l’enfance.

Le mouvement syndical a incité le gouvernement fédéral à collaborer avec les provinces et les territoires pour poser un solide cadre d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. Dans le budget de 2016, le gouvernement fédéral peut accorder un financement fédéral ciblé aux provinces et territoires pour qu’ils créent des régimes universels prévoyant des services intégraux de qualité. Grâce à ce financement, les provinces et les territoires pourraient commencer à rendre les prix abordables, aider le personnel de garde à l’enfance en haussant les salaires dans son secteur et satisfaire aux besoins de populations difficiles à servir, telles que les familles comprenant des enfants en bas âge, celles qui comprennent des enfants ayant un handicap et les familles de réfugiés ou de nouveaux venus.

6. Mesures de lutte contre la pauvreté des enfants

Plus de 1,3 million d’enfants canadiens vivent dans la pauvreté, 40 % d’entre eux étant des enfants autochtones. La simple réalité est que les enfants vivent dans la pauvreté parce que leurs familles vivent dans la pauvreté.

Le gouvernement fédéral doit établir une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté afin d’éliminer les nombreuses causes de la pauvreté des enfants, y compris le chômage persistant, la prolifération des emplois instables et la stagnation des salaires. La réparation de l’assurance-emploi, la création d’emplois grâce à l’investissement dans l’infrastructure et à d’autres investissements stratégiques et l’amélioration de l’accès aux services de garde à l’enfance de la manière indiquée ci-dessus ne sont que quelques-unes des mesures que notre gouvernement peut prendre pour commencer à permettre aux enfants et à leurs familles d’échapper à la pauvreté. 

7. Vérité, réconciliation et justice pour les Premières nations

Au cours de la campagne électorale, le gouvernement s’est engagé à établir une nouvelle relation de nation à nation avec les peuples autochtones. Il reste beaucoup à accomplir pour y arriver, et pour mettre en œuvre toutes les recommandations que comprend le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation publié l’année dernière.

Dans le mémoire pré-budgétaire qu’il a présenté au gouvernement, le Congrès du travail du Canada a indiqué que la dotation des collectivités autochtones en installations d’adduction d’eau et d’égout compte parmi les principales priorités en matière d’infrastructures, précisant ce qui suit : « Il est inacceptable que ces nécessités ne soient pas accessibles à tous dans un pays aussi riche que le nôtre ».

Les syndicats veulent en outre que le budget prévoie l’affectation de fonds supplémentaires à des programmes de garde à l’enfance, d’éducation et de formation professionnelle des Premières nations et un financement suffisant de l’enquête nationale sur les meurtres et les disparitions de femmes autochtones.

8. Aide aux aînés vivant dans la pauvreté

Une personne âgée sur neuf vit dans la pauvreté à l’heure actuelle. Prendre sa retraite après une vie de dur travail ne devrait pas imposer des difficultés financières insoutenables. L’expansion du Régime de pensions du Canada demeure d’une importance cruciale mais, à court terme, une majoration de 10 % du Supplément de revenu garanti pour les personnes âgées à faible revenu vivant seules, comme promis au cours de la campagne électorale, aiderait considérablement à réduire la pauvreté des aînés.

9. Investissements dans l’alphabétisation

Des recherches réalisées par le Groupe financier de la Banque TD portent à croire que l’accroissement du niveau d’alphabétisation moyen favoriserait énormément l’ensemble de l’économie. Même une amélioration de 1 % du taux d’alphabétisation national injecterait 32 milliards de dollars dans notre économie.

Le gouvernement conservateur a permis que le Bureau de l’alphabétisation et les compétences essentielles perde des fonds chaque année parce qu’ils n’avaient pas été utilisés. Ces fonds devraient être rétablis sur-le-champ.

De plus, les syndicats canadiens incitent le gouvernement à accélérer les investissements spéciaux dans l’aide à l’adaptation au marché du travail des réfugiés syriens qui ont besoin de formation linguistique, d’alphabétisation et d’autres programmes fondamentaux d’aide à l’emploi pour réussir sur le marché du travail canadien.

10. Mesures de lutte contre les changements climatiques

Les syndicats canadiens collaborent avec des groupes environnementaux, autochtones, confessionnels et communautaires depuis 2009 à l’établissement d’un plan visant à doter le Canada d’un million d’emplois climatiques (lien en anglais seulement).

Grâce à des investissements stratégiques dans les transports en commun, les énergies renouvelables et l’éco-rénovation des bâtiments, le gouvernement fédéral pourrait créer plus d’un million d’emplois climatiques et réduire les émissions canadiennes de gaz à effet de serre d’un tiers en dix ans. Le plan prévoit aussi une transition équitable pour permettre aux travailleurs et travailleuses affectés par les mesures de lutte contre les changements climatiques de passer à des secteurs de nouvelle croissance économique.

Bien entendu, il ne s’agit là que de quelques-unes des questions qui importent aux travailleurs et travailleuses du Canada. Comme le Congrès du travail du Canada l’a indiqué pendant la consultation pré-budgétaire du gouvernement, le 22 mars, les syndicats canadiens voudront voir un vrai changement progressiste permettant de « bâtir un Canada plus équitable et plus prospère » pour tous.