Jeudi, 6 décembre 2018

Depuis près de 30 ans, le massacre de 14 femmes à l’École polytechnique de Montréal, nous sommes encore aux prises avec la honteuse réalité qu’un trop grand nombre de femmes font l’objet de violence, de harcèlement et d’abus.

Bien que nous n’ayons pas encore réussi à mettre un terme à la violence faite aux femmes, nous pouvons niveler certains obstacles qui empêchent de quitter des relations de violence.

C’est pourquoi les syndicats du Canada ont demandé au gouvernement fédéral et à toutes les provinces et tous les territoires d’adopter des dispositions législatives assurant des congés payés aux personnes qui font l’objet de violence conjugale.

Plusieurs gouvernements ont répondu à l’appel. Le Manitoba a été le premier à modifier ses normes du travail pour accorder à tous les travailleurs et travailleuses l’accès à cinq journées de congé payé pour violence conjugale, à 10 journées supplémentaires de congé non payé et à un maximum de 17 semaines consécutives de congé non payé pour les personnes qui peuvent en avoir besoin.

La tendance à appliquer des dispositions semblables aux travailleuses et travailleurs de tout le pays prend de l’ampleur. Terre-Neuve-et-Labrador, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, l’Î.-P.É. et le gouvernement fédéral offrent de trois à cinq journées de congé aux travailleuses et travailleurs relevant de leur compétence. Le Québec a institué deux journées de congé payé pouvant être utilisées pour différentes raisons, y compris la violence conjugale.

La sécurité économique aide à assurer aux personnes faisant l’objet de violence conjugale la stabilité dont elles ont besoin pour échapper à une relation de violence. Les congés payés donnent aux gens le temps de prendre les mesures nécessaires, pendant leur journée de travail, pour faire face aux effets de la violence et assurer leur sécurité et celle de leurs enfants.

Malgré les progrès réalisés, certains employeurs et gouvernements expriment bon nombre d’inquiétudes et d’incertitudes tenaces. Examinons bien les faits :

La violence conjugale est plus qu’un problème personnel : elle nuit au milieu de travail.

La violence conjugale a d’importantes répercussions sur la présence au travail et la productivité, ses effets directs et indirects coûtant aux employeurs canadiens 77,9 millions de dollars par année. Selon notre enquête de 2014, plus de 80 % des survivantes ont indiqué que la violence conjugale avait nui à leur rendement au travail et 53 % ont dit avoir fait l’objet de violence dans leur lieu de travail ou à proximité de celui-ci. Quarante pour cent s’étaient vu empêcher d’aller travailler et 8,5 % avaient perdu leur emploi.

Les congés payés assurent la sécurité financière et favorisent la sécurité physique.

La plupart des femmes vivant des relations marquées par la violence font l’objet d’un contrôle financier. Si la prise d’un congé pour violence conjugale réduit le montant du chèque de paye, cela peut avoir pour résultat involontaire d’accroître la violence et les risques. La personne qui tente d’échapper à une relation de violence a besoin de sécurité financière, particulièrement si elle doit payer un nouveau logement et des frais juridiques, de consultation et autres.

Les employeurs ont les moyens de les accorder.

Les coûts pour les employeurs seront probablement compensés par les avantages qu’ils peuvent tirer des congés en question, et notamment la réduction du roulement des effectifs et l’accroissement de la productivité. Des études sur les employeurs australiens qui accordent des congés payés pour violence conjugale révèlent que le nombre moyen des journées prises est de deux à trois. Des prévisions indiquent que le total des paiements versés aux travailleuses prenant les congés devrait revenir à un cinquantième d’un pour cent (0,02 %) de la masse salariale.

L’assurance-emploi n’est pas une solution appropriée.

Les prestations d’AE ne sont pas appropriées aux congés intermittents. On ne peut pas s’attendre à ce qu’une personne remplisse toutes les formalités administratives nécessaires pour demander des prestations d’AE afin de prendre une demi-journée de congé pour ouvrir un compte bancaire ou trouver un lieu sûr où vivre.

Le congé pour violence conjugale est prévu pour aider les travailleuses à conserver leur emploi et non pour les obliger à se retirer du monde du travail.

Le fait d’aider les employées dans ces circonstances contribuera en fin de compte à assurer la sécurité de tous.

Personne ne s’attend à ce que les employeurs ou les syndicats éliminent la violence conjugale. Cependant, les lieux de travail peuvent être d’importantes sources de soutien pour la travailleuse qui vit une situation difficile. De plus, quand une personne faisant l’objet de violence conjugale quitte son agresseur, celui-ci peut la relancer au travail. L’adoption de politiques claires du lieu de travail et d’un éventail de soutiens, y compris des congés payés et la planification de la sécurité, peut aider les employeurs à honorer leurs obligations en matière de sécurité au travail et à gérer les risques.

En marquant le 6 décembre, engageons-nous à aplanir les obstacles auxquels continuent de se heurter les personnes qui cherchent à échapper à l’abus et à la violence. C’est un petit effort à faire qui peut aider grandement les personnes les plus vulnérables parmi nous.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada (CTC). Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff.