Les travailleurs du canal Rideau déclenchent des émeutes pour protester contre les mauvaises conditions de travail

Le 2 mars 1829, des centaines d’ouvriers du canal Rideau déposent leurs outils et défilent dans les rues de la future capitale nationale pour protester contre leurs bas salaires et leurs conditions de travail brutales. À une époque où les syndicats n’existaient pas, la seule façon que les travailleurs avaient de protester contre l’iniquité consistait à faire une émeute dans les rues. Aujourd’hui, le droit de se syndiquer donne à des millions de travailleurs et travailleuses du Canada un meilleur moyen de militer en faveur de l’équité.

Aux premiers temps de la colonisation de ce qui constituait « les Canadas », certains des travaux de construction les plus importants consistaient à bâtir des canaux pour assurer des voies sécuritaires de déplacement des personnes et de commerce des marchandises. Au cours des années 1820, de grands chantiers ont été entrepris dans l’ensemble de la région des Grands lacs et du fleuve Saint-Laurent, y compris la construction du canal de Lachine à Montréal, du canal Welland reliant les lacs Érié et Ontario et du canal Rideau menant de Montréal à Kingston en passant par les rivières des Outaouais, Rideau et Cataraqui.

La construction des canaux était un travail ardu accompli à la main à l’aide de petits outils, de pioches et de pelles. Puisqu’on ne recourait guère aux animaux, la roche et la terre déblayées par les travailleurs étaient transportées par brouette. Le journalier d’excavation du canal, appelé « navvy » par contraction de « navigateur », travaillait de 14 à 16 heures par jour, 6 jours par semaine.

Les conditions de travail étaient souvent déplorables. Pendant la construction du canal Rideau, les accidents de travail et la maladie ont emporté près de 1 000 vies de travailleurs. Certains sont morts pendant le sautage de la roche, d’autres se sont noyés dans les cours d’eau ou les marécages, mais la plupart sont morts de maladies telles que la « fièvre des marais », forme de paludisme transmise par les moustiques.

De plus, les travailleurs étaient vulnérables à l’exploitation. Leurs gains aussi étaient vulnérables car les personnes qui les employaient leur vendaient nourriture, abri, whiskey et tabac, selon un système de troc. L’hiver, les travailleurs ne pouvaient guère trouver d’autre travail pour faire vivre leur famille. Souvent, les travailleurs se disputaient le peu de travail disponible – les protestants rivalisant avec les catholiques et les francophones, avec les anglophones – ce qui était favorable aux employeurs.

Toutefois, certaines des premières luttes de Bytown ont réussi à unir tous les travailleurs. L’émeute du 2 mars 1829 n’était pas le premier soulèvement de travailleurs pour protester contre les bas salaires et les conditions de travail lamentables. Le travail sur le canal Rideau avait été interrompu trois fois par des manifestations ouvrières en 1827.

De tout temps, les travailleurs se sont donnés du pouvoir en s’unissant pour le bien commun. Nous disposons d’un document décrivant une grève survenue en 1167 avant notre ère pendant la construction des pyramides d’Égypte. Mécontents des mauvais traitements qu’ils subissaient et de leurs piètres rations, les ouvriers ont cessé le travail jusqu’à ce que le Pharaon satisfasse à leurs revendications. Des guildes de métier ont été créées en Europe au Moyen-Âge afin de permettre aux travailleurs spécialisés de contrôler la qualité de leur métier et la valeur de leur travail. Les syndicats de métier et les syndicats industriels des 19e et 20e siècles ont transformé la société, permettant à la classe travailleuse d’échapper au monde que décrivait Dickens et de participer à la prospérité de la classe moyenne.

De nos jours, où les travailleuses et les travailleurs peuvent se syndiquer, négocier collectivement et faire la grève légalement, il est rare que des émeutes se déclenchent en raison des conditions de travail. Toutefois, les travailleuses et les travailleurs descendent encore dans la rue pour exiger l’équité – souvent avec l’aide du mouvement syndical et des membres de syndicats. Les campagnes pour le salaire minimum de 15 $ et la justice et les campagnes publiques visant à bonifier les pensions publiques, à instaurer l'assurance médicaments universelle et à interdire l'amiante sont de récents exemples de la façon dont les syndicats aident les travailleuses et les travailleurs à changer les choses.