Le désastre de Hogg’s Hollow a tué cinq travailleurs, galvanisé une communauté et changé en mieux les lois sur la santé et la sécurité au travail.

Le 17 mars 1960, cinq hommes nés en Italie meurent pendant qu’ils participent à l’installation d’une canalisation d’eau principale de Toronto sous la rivière Don. Le décès de ces cinq travailleurs immigrants indigne leur communauté, mobilise les syndicats et donne lieu à des modifications très nécessaires des lois sur la santé et la sécurité.

Les conditions de travail des chantiers de construction, des usines, des écoles, des immeubles à bureaux, des entrepôts et des restaurants – de tous les lieux de travail en fin de compte – sont souvent tenues pour acquis. Nous y voyons des extincteurs et des gicleurs, des postes de premiers soins et des sorties d’urgence. Nous voyons les barrières de sécurité, les casques de protection et les étiquettes qui mettent en garde contre les explosifs, les poisons et les brûlures. Nous savons qu’ils servent à assurer notre sécurité, mais nous oublions comment ils ont fait leur apparition.

En 1960, le travail d’installation de la conduite d’eau principale Hogg’s Hollow battait son plein. Construite sous la rivière Don pour relier un poste de pompage au réseau de distribution d’eau sur l’autre rive, cette conduite était posée principalement à la main, à l’étroit, 10 mètres sous terre. Les travaux avaient presque un an de retard, parce qu’un entrepreneur avait fait faillite et que le matériel était défectueux et pour d’autres raisons. Les pressions exercées en vue de l’achèvement des travaux ont incité à aller au plus vite, ce qui a eu des conséquences désastreuses.

Les travailleurs souterrains qui creusent des tunnels d’aqueduc et de métro sont appelés « cochons de sable », et leurs conditions de travail rappellent davantage le 19e siècle qu’une ville canadienne d’après-guerre.

Plus tard, les travailleurs ont indiqué que les tunnels n’étaient pas dotés d’extincteurs et de réanimateurs, que les boisages n’étaient pas suffisamment solides, que l’on n’avait pas injecté les sols du tunnel de coulis pour empêcher le sable et le limon d’y pénétrer et qu’il n’y avait pas de compresseur d’air supplémentaire. Les travailleurs n’étaient même pas munis de torches électriques. Malgré tous ces défauts, il avait été jugé que le chantier répondait aux normes de sécurité de l’époque.

Tard le jeudi 17 mars, des heures après que le travail aurait dû finir, une douzaine de travailleurs se trouvaient encore sous terre à souder une plaque dans un caisson à l’ouest de la rue Yonge quand un incendie s’est déclaré et que de la fumée a commencé à remplir le tunnel. Une soupape qui aurait dû permettre à la fumée de s’échapper n’a pas pu être ouverte.

Les pompiers sont arrivés rapidement, mais on leur a demandé d’attendre au moins 30 minutes avant d’entrer dans le tunnel de peur qu’il s’effondre. Bien que la moitié des travailleurs ait pu s’enfuir par le tunnel vers l’est, les autres étaient emprisonnés sous des températures de plus en plus chaudes, des fumées toxiques et des niveaux de plus en plus élevés de sable, de limon et d’eau. Deux travailleurs ont tenté de joindre les hommes emprisonnés et cru qu’ils entendaient au moins trois voix gémissantes, mais ils ont dû rebrousser chemin devant la chaleur intense. Le lendemain, Pasquale Allegrezza. Giovanni Carriglio, Giovanni Fusillo et les frères Alessandro et Guido Mantella étaient morts – empoisonnés par le gaz carbonique et noyés.   

Une enquête du coroner a indiqué plus tard qu’il aurait été possible de prévenir leur décès, « l’inévitable résultat de la non-application des règlements ». La couverture médiatique qui en a découlé, comme l’indignation de la communauté et les revendications des syndicats ont obligé le gouvernement de l’Ontario à créer une commission royale qui a donné lieu à l’adoption de nouveaux règlements sur la protection en cas d’incendie et la sécurité du travail dans les tunnels et au premier remaniement des lois sur le travail de la province en près de 40 ans. De plus, cela a incité à la syndicalisation d’un plus grand nombre de travailleurs de la construction et de travailleurs immigrants afin qu’ils puissent défendre leurs droits, leur santé et leur sécurité.

Des désastres comme la tragédie de Hogg’s Hollow, l’effondrement du pont du chemin Heron à Ottawa et l’effondrement de la mine Westray des années plus tard ont permis de modifier les lois sur la santé et la sécurité en mettant en lumière les conditions dangereuses et, dans le cas des cinq travailleurs immigrants morts à Hogg’s Hollow, inéquitables dans lesquelles un trop grand nombre de personnes travaillaient. En 1984, le Congrès du travail du Canada a établi le Jour national de deuil à la mémoire des travailleurs et travailleuses morts ou blessés au travail afin de maintenir la pression sur les employeurs et les hommes et femmes politiques.

Aujourd’hui, les syndicats continuent à défendre le droit de tous les travailleurs et les travailleuses à l’équité, à la sécurité et à la santé en menant des campagnes fructueuses pour l’interdiction de l’amiante, la prévention du harcèlement et de la violence au travail et des soutiens des victimes de violence conjugale et des personnes ayant des troubles de santé mentale.