Ralph Klein marque le pas - Le personnel de buanderie à Calgary contrarie le projet des conservateurs de réduire les budgets et de privatiser les services de santé.

Le 14 novembre 1995, le personnel de buanderie de l'Hôpital général de Calgary se met en arrêt maladie pour protester contre la sous-traitance de leurs emplois.

En l'espace de dix jours, environ 2 500 travailleuses et travailleurs dans six hôpitaux et neuf maisons de soins participent à des grèves sauvages. Des centaines d'autres travailleuses et travailleurs de la santé font la grève du zèle et d'autres actions de solidarité. Le premier ministre Ralph Klein constate avec effroi que ses compressions budgétaires se retournent contre lui.

Entre 1993 et 1994, le gouvernement conservateur de l'Alberta élimine des dizaines de milliers d'emplois dans le secteur public tout en réduisant les salaires et les avantages sociaux des travailleuses et travailleurs qui restent en poste. Le budget de 1994 réduit de 20 % le financement des soins de santé, de 21 % celui de l'éducation postsecondaire et de 12,4 % celui de l'enseignement primaire et secondaire. Le nombre de bénéficiaires de l'aide sociale est réduit de moitié en l'espace d'une année. En deux ans, les dépenses de programmes de l'Alberta diminuent de plus de 21 %. Le nombre de sans-abri augmente de 740 % pendant le mandat de Klein.

Le mouvement syndical, accablé par la brutalité de l'assaut du gouvernement contre le personnel chargé d'assurer des services essentiels, a du mal à réagir. Aussi, quand l'autorité sanitaire de Calgary nommée par Klein propose de poursuivre le programme de privatisation provincial en sous-traitant les emplois du personnel de buanderie de l'Hôpital de Calgary, elle s'attend à peu de résistance. Elle a tort.

Pour conserver leurs emplois, les travailleuses et travailleurs ont déjà dû accepter une réduction de salaire de 28 % dans le précédent cycle de négociations collectives. Le personnel en a assez du « roi Ralph » et est déterminé à ne pas devenir les pions des conservateurs dans leur projet de démanteler le secteur public.

Soixante travailleuses et travailleurs de la buanderie de l'Hôpital général de Calgary, membres du Syndicat canadien de la fonction publique, sont les premiers à réagir. À l'annonce que leurs emplois seraient transférés à la société K-Bro Linens d'Edmonton, ils se mettent tous en arrêt maladie. Des travailleuses et travailleurs de buanderie à l'Hôpital Foothills, membres de l'Alberta Union of Provincial Employees (Syndicat de la Fonction publique de l’Alberta), font de même le lendemain.

En l'espace de dix jours, environ 2 500 travailleuses et travailleurs dans six hôpitaux et neuf maisons de soins participent à des grèves sauvages. Des centaines d'autres travailleuses et travailleurs de la santé font la grève du zèle et d'autres actions de solidarité. Des syndicalistes d'autres secteurs et de nombreux membres du grand public expriment leur solidarité avec les grévistes sur les lignes de piquetage et dans des rassemblements publics.

Le premier ministre Klein constate avec horreur l'effondrement de son projet soigneusement orchestré de démantèlement des services publics de l'Alberta. L'autorité sanitaire de Calgary, sous la pression du gouvernement, offre aux syndicats de retarder de 18 mois le projet de sous-traitance pour permettre à la plupart des travailleuses et travailleurs concernés de retrouver un emploi. Le gouvernement agressif de Ralph Klein marque le pas, essentiellement grâce à un groupe de travailleuses immigrées. 

Le courage dont fait preuve le personnel de buanderie inspire une vague de grèves et d'actions menées par d'autres travailleuses et travailleurs de la santé; les infirmières auxiliaires autorisées et le personnel des services de soutien général participent aux plus grands mouvements de grève de l'histoire de l'Alberta pendant les dernières années 1990.

Si la victoire du personnel de buanderie est mitigée, les événements qui s'ensuivent constituent une grande victoire pour tous les travailleurs et toutes les travailleuses de l'Alberta. Les compressions et les privatisations cessent en grande partie pendant plusieurs années et le gouvernement recommence à investir, quoique modestement, dans les services publics.

Source : albertalabourhistory.org