Canada, faisons mieux

5 septembre 2020

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans le Toronto Star*

À mesure que nous continuons à relever les défis de la COVID-19, nous devons reconnaître l’occasion que nous donne le bouleversement massif et agir pour apporter un changement social profond à nos communautés.

Nous devons imaginer ce que notre société peut devenir et refaçonner le pays de manière à rectifier des iniquités longtemps négligées – que la pandémie a mises en évidence. Moyennant les investissements appropriés, nous pouvons aider davantage de personnes. La pandémie nous aura au moins appris que nous sommes plus forts quand nous nous appuyons les uns les autres.

Il est indéniable que les répercussions de la COVID-19 sur notre santé ont été graves. Depuis mars, plus de 120 000 personnes ont obtenu un résultat positif au test de dépistage de la COVID-19 et plus de 9 000 sont mortes de cette maladie au Canada. D’après les données dont nous disposons, nous avons obtenu de meilleurs résultats que de nombreux autres pays. Cependant, aucun des 37 millions de membres de la population canadienne n’a pas été touché par la pandémie.

Des millions de personnes ont été affectées par ses retombées économiques. Le personnel de la fonction publique a traité plus de 8,5 millions de demandes de Prestation canadienne d’urgence, et le gouvernement fédéral a un déficit projeté de 343,2 milliards de dollars pour 2020-2021.

Même avant que la COVID-19 frappe, de nombreux Canadiens et Canadiennes étaient au bord du gouffre. Près de 50 % des membres de la population canadienne ont indiqué qu’ils étaient à 200 $ près de l’insolvabilité. De nombreuses personnes travaillaient au salaire minimum et occupaient des emplois précaires ne comportant que peu, sinon pas du tout, de protections ou d’avantages sociaux.

Bon nombre de ces emplois ont disparu depuis le début de la pandémie, à mesure que les entreprises fermaient ou réduisaient leurs effectifs pour comprimer leurs dépenses. À l’approche de l’automne, nous voyons des personnes qui cherchent désespérément du travail mais sont incapables d’en trouver. Le loyer est dû et l’on lève les interdictions d’expulsion.

Pendant qu’étaient lancés des appels à l’augmentation de l’aide et des soutiens pour les Canadiennes et les Canadiens en difficulté, certaines personnes n’ont pas hésité à laisser entendre que, plutôt que de réparer ce qui est de toute évidence défectueux, nous devrions mettre fin à notre appui. Comme s’il n’attendait que cela, l’ancien premier ministre Stephen Harper a déclaré au Wall Street Journal au printemps que la priorité devrait être donnée à la compression des dépenses publiques. D’autres éminents conservateurs ont exprimé des avis semblables.

En cette fête du Travail, les syndicats du Canada présentent une vision très différente du pays. Nous avons l’occasion de nous éloigner de la politique d’austérité. Après tout, ce sont les coupures et la privatisation qui ont causé une partie de la dévastation à laquelle nous assistons depuis le début de la crise. Le soutien des familles et des travailleurs et travailleuses grâce à des prestations ciblées nous a permis de ne pas voir la faim, l’itinérance et le chagrin se répandre comme chez nos voisins du sud.

Nous devons commencer par rebâtir notre économie. Les travailleurs et les travailleuses méritent de bons emplois stables leur permettant de joindre les deux bouts. Nous appelons à l’établissement d’un plan clairvoyant de création d’emplois mettant l’accent sur les services de garde à l’enfance, les soins de longue durée, le logement et d’autres programmes sociaux qui aident les communautés à prospérer. Il est temps de nous concentrer sur une transition verte et des projets d’infrastructure prêts à réaliser.

De plus, il est clair que nous devons mettre notre pays à l’abri des désastres. La population du Canada doit pouvoir compter sur son gouvernement pour voir à ce qu’elle ait accès aux services qui assurent notre santé et notre sécurité à tous. Nous ne pouvons pas demeurer à la merci de facteurs indépendants de notre volonté et nous devons mieux nous outiller pour répondre aux crises futures.

La catastrophe à laquelle nous avons assisté dans les foyers de soins de longue durée a illustré les effets dévastateurs de la privatisation. Par ailleurs, les personnes qui perdent leur emploi ne devraient pas avoir à craindre de ne pas pouvoir se procurer leurs médicaments sur ordonnance. Comblons les lacunes critiques de notre système en intégrant les soins de longue durée à notre assurance-maladie publique et en mettant enfin en œuvre un régime national d’assurance-médicaments.

Les effets négatifs sur la participation des femmes à la population active auxquels nous assistons tiennent partiellement aux années d’inaction dans le dossier des services de garde à l’enfance. Les craintes qu’éprouvent de nombreuses personnes au sujet de la rentrée scolaire tiennent aux années de coupures qui ont laissé les écoles à l’abandon et notre personnel enseignant avec le strict minimum de soutien nécessaire pour accomplir son travail.

Au regard de la façon dont d’autres pays ont répondu à la pandémie, nous pouvons être fiers de nous être ralliés pour faire face à cette crise sans précédent. Cependant, les générations futures apprécieront les protections que nous mettons en place aujourd’hui pour répondre aux bouleversements futurs.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

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