Le Canada doit créer un groupe de travail national sur les meilleurs moyens de relancer l’économie

11 mai 2020

Par Hassan Yussuff et Perrin Beatty, tel que publié dans The Hill Times.*

Les Canadiennes et les Canadiens demeurent physiquement éloignés, mais la pandémie de COVID-19 les a rendus plus dépendants que jamais les uns des autres pour ce qui est de leur bien-être. Nos concitoyennes et concitoyens canadiens comptent sur un effort collectif pour se sortir de la crise actuelle.

Nous donnons effectivement le meilleur de nous-mêmes quand nous conjuguons nos efforts. Depuis un mois, la Chambre de commerce du Canada et le Congrès du travail du Canada ont fait front commun pour répondre à la crise et ont pu constater comme c’est vrai.

Nous avons regroupé les organisations syndicales et patronales pour aider à maintenir les relations entre les employeurs et les employés. Nous avons proposé que les membres de la population canadienne reçoivent des soutiens du revenu dans les cas où la perte d’emploi était inévitable. Nous avons vu des entreprises se réoutiller pour approvisionner le personnel de première ligne. Ensemble, nous avons applaudi les entreprises qui ont mis gratuitement des repas et des installations à la disposition des routiers au long cours qui mettent leur santé en péril pour maintenir nos chaînes d’approvisionnement.

Pendant que les membres de la population canadienne continuent à s’entraider, nous devons commencer à scruter l’horizon au-delà de la pandémie et à déterminer comment notre pays et notre économie peuvent s’en sortir plus forts.

Les divisions partisanes recommencent à se manifester après un moratoire qui n’a été que trop bref. Les provinces envisagent de faire cavalier seul en déconfinant leur économie. À mesure que se poursuit la tendance à la baisse du taux d’infection et que différents gouvernements commencent à relancer leur économie, les appels à une réouverture ordonnée par secteur et par région augmenteront inévitablement.

Pourtant, pendant que nous nous préparons à la reprise, nous ne devons pas oublier la collaboration et la solidarité qui nous ont permis d’en arriver là où nous en sommes. C’est pourquoi nous incitons le gouvernement fédéral à créer un groupe de travail chargé d’établir des recommandations sur les moyens de relancer l’économie. La portée des décisions exige la prise en compte de différents points de vue, dont le moindre n’est pas celui des besoins divers de secteurs très différents. Quand viendra le moment de la relance, il devra y avoir une vaste collaboration entre les gouvernements, le mouvement syndical, les entreprises, grandes et petites, des différents secteurs, les spécialistes de la santé publique, les groupes autochtones, les organismes sans but lucratif et les universitaires.

Bien que la décision sur le moment de la réouverture appartienne aux gouvernements et aux spécialistes de la santé publique, le choix du moment dépendra de la capacité de la société civile de protéger les employés, les clients et le grand public. Nous devrions commencer à dresser des plans dès maintenant.

L’objectif immédiat est clair : s’assurer que le retour au travail soit le plus sécuritaire possible et le plus productif possible pour l’économie. La coopération à cette fin a déjà commencé entre les gouvernements fédéral et provinciaux. Les gouvernements détermineront le calendrier pour minimiser le risque de remontées du nombre des cas, établir un système aux fins des tests, du traçage des contacts et de la réponse aux nouvelles infections, établir des lignes directrices sur l’équipement de protection individuelle et la distanciation sociale des travailleurs et travailleuses et maintenir des chaînes d’approvisionnement uniformes dans toutes les provinces. Il faudrait des mois pour mettre en place ces mesures en temps normal. Or, la crise nous oblige à établir une stratégie bien conçue au cours des prochaines semaines.

La création d’un groupe de travail aiderait à choisir les meilleures idées et à établir un consensus dans l’ensemble de la société civile quand viendra le temps de les mettre en œuvre. L’établissement de tables sectorielles peut permettre aux décideurs de tenir compte des besoins spécialisés de chaque secteur.

À plus long terme, le groupe peut servir de comité consultatif externe indépendant auprès du gouvernement qui contribuerait à l’établissement et à la mise en œuvre d’un plan économique post-reprise.

La main-d’œuvre du Canada ne sera plus la même. La pandémie changera notre façon de vivre, de travailler et d’utiliser la technologie. Nous entamerons le rétablissement avec de nouvelles dettes publiques et privées considérables. Le renversement de décennies de mondialisation économique et de chaînes d’approvisionnement internationales créera des défis pour un pays commerçant comme le nôtre. Nous devrons remanier nos politiques sur l’infrastructure des soins de santé et les réserves stratégiques de fournitures cruciales et voir à ce que le Canada produise de l’équipement médical critique. Le Canada doit avoir une procédure permettant de discuter de ces changements fondamentaux et de s’assurer que les intervenants ne partent pas dans des directions différentes.

Bien que personne ne puisse prévoir avec certitude les changements économiques, politiques et culturels que la crise provoquera au Canada et dans le reste du monde, nous savons qu’ils seront importants. Le degré élevé de collaboration entre les gouvernements, le mouvement syndical et la société civile auquel nous assistons au cours de la pandémie devrait rassurer la population canadienne au sujet de notre capacité collective de relever les défis que l’avenir nous réserve.

La tâche ne sera pas facile et il n’y a pas de plan antérieur dont nous pourrions nous inspirer. Les gouvernements du monde entier improvisent pour mettre en équilibre les besoins économiques et la santé publique.

Néanmoins, depuis quelques semaines, les Canadiennes et les Canadiens se sont montrés à la hauteur grâce à la collaboration, à l’innovation et à l’esprit de corps. Nous devons continuer sur cette lancée pour nous rétablir, et la création d’un groupe de travail axé sur le bien-être de tous les Canadiens et les Canadiennes nous donnera l’élan nécessaire.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada et Perrin Beatty est le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada.      

*Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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