Le destin des travailleurs canadiens est inextricablement lié à la COVID-19

7 septembre 2020

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans The Globe and Mail*

L’année dernière, les travailleurs et travailleuses du Canada ont marqué le 100e anniversaire de la grève générale de Winnipeg déclenchée en 1919. C’était le soulèvement ouvrier le plus grand qui ait eu lieu au Canada et il a ouvert la voie à des mesures de réforme qui ont redéfini le travail juste et sécuritaire dans l’ensemble du pays.

Pourtant, une partie importante de l’histoire a été négligée au cours de toutes les commémorations : l’effet de la grippe espagnole de 1918 sur cette période charnière.

Si nous élargissons notre optique sur la période en question, nous pouvons mieux comprendre le rôle que le mouvement syndical a joué dans l’ouverture de nouvelles voies pour sortir d’une crise ressemblant à celle à laquelle nous faisons face actuellement. En cette fête du Travail, les leçons tirées du passé peuvent allumer une lueur d’espoir chez les travailleurs et travailleuses canadiens et leur donner un plan d’action.

Comme la COVID-19, la grippe espagnole a dévasté des communautés du monde entier, infectant et tuant 55 000 au Canada de 1918 à 1920.

On voit des gens porter des masques comme ceux que nous mettons aujourd’hui sur des photos en noir et blanc de l’époque, et les livres d’histoire décrivent des pratiques que nous ne connaissons que trop bien, y compris la mise en quarantaine des personnes malades, la fermeture des lieux publics et les tentatives de vaccination de la population.

Or, les similitudes sont encore plus profondes. Comme l’écrit l’historienne canadienne Esyllt W. Jones dans son ouvrage intitulé Influenza 1918: Disease, Death, and Struggle in Winnipeg, « les effets de la grippe n’ont pas été démocratiques : les personnes au bas de l’échelle sociale ont éprouvé plus de difficultés que les autres. La grippe a menacé le fragile cadre de survie de nombreuses familles ouvrières, mais elle a aussi sensibilisé les communautés immigrantes et de la classe ouvrière à leur interdépendance et à leur capacité de subvenir à leurs besoins en temps de crise ».

Les historiens font remarquer que cette interdépendance a amené les travailleurs à exiger de meilleures conditions de travail et les a poussés à déclencher l’affrontement le plus grand de l’histoire du pays, soit la grève générale de Winnipeg.

Les travailleurs du Canada et du monde entier s’opposaient au statu quo et appelaient les employeurs et les gouvernements à combler le fossé entre les riches et les pauvres rendu d’autant plus profond par l’urgence sanitaire.

En fait, l’action des travailleurs a influencé des changements débordant le cadre du lieu de travail. En 1919, par exemple, le gouvernement a créé le ministère de la Santé, devenu plus tard Santé Canada.

La même année, Tommy Douglas, père de notre système universel d’assurance-maladie, a assisté au samedi sanglant. Ce jour-là, la Police à cheval du Nord-Ouest a ouvert le feu sur des travailleurs manifestant contre l’arrestation de chefs de grève et mis ainsi fin à la grève générale. Ce moment a laissé une empreinte indélébile sur M. Douglas qui a aidé à changer le cours de l’histoire du Canada.

Comme d’autres, M. Douglas pouvait voir que les travailleurs, même au cœur d’une pandémie dévastatrice, étaient avides d’un changement permettant à leurs familles d’échapper à la pauvreté, protégeant leurs libertés, améliorant leur santé et leur sécurité et créant des programmes sociaux qui verraient à ce que personne ne souffre seul. Les progrès collectifs réalisés à l’époque ont aidé à nous mettre à l’abri des pires effets de la COVID-19, à la différence de nos voisins du sud qui ont suivi une trajectoire sociale différente.

Pour affronter les inégalités restantes qui ont été mises en évidence par la pandémie actuelle, le mouvement syndical galvanise de façon semblable les travailleurs et les travailleuses – syndiqués et non syndiqués – en vue d’un changement social propre à rectifier les déséquilibres que de nombreuses personnes ont pointé du doigt par le passé mais auxquels les décideurs ont trop longtemps négligé de s’attaquer par souci d’austérité. Ces déséquilibres ont imposé un fardeau disproportionné aux femmes et aux travailleurs et travailleuses racialisés.

Les syndicats du Canada incitent les gouvernements de tous les ordres à investir davantage dans nos communautés. Notre plan comprend des moyens de remplacer les emplois éliminés par de meilleurs emplois grâce à l’écologisation de l’économie et à des projets prêts à réaliser, de voir à ce que les soins de longue durée soient intégrés à notre système de santé public, et de créer un régime national d’assurance-médicaments permettant à toute personne qui a une ordonnance d’obtenir les remèdes dont elle a besoin. Nous croyons qu’il est temps de renforcer nos filets de sécurité sociaux également pour assurer des logements à prix abordable, des services accessibles de garde à l’enfance et un soutien aux personnes en chômage.

Nous n’avons pas eu besoin d’une pandémie pour nous montrer qu’un trop grand nombre de travailleurs et travailleuses du Canada vivent souvent d’un chèque de paye à l’autre et s’inquiètent de l’avenir de leur famille, et que les femmes et les personnes racialisées comptent pour la majorité des gens qui accomplissent le travail de première ligne, précaire et à bas salaire même s’il est essentiel.

L’histoire nous a appris qu’une pandémie a le potentiel de provoquer des changements du genre qui nous permettent d’aller de l’avant collectivement. Il est temps de saisir l’occasion.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

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