Les femmes méritent des lieux de travail équitables

4 mai 2019

Par Hassan Yussuff, publié dans The Globe and Mail.*

Il est décourageant de voir certaines des réactions négatives à la proposition récente visant à mettre gratuitement à disposition des produits d’hygiène menstruelle dans tous les lieux de travail sous réglementation fédérale.

Il est clair qu’il reste beaucoup d’idées fausses et d’ignorance au sujet des obstacles auxquels les femmes se heurtent chaque jour en milieu de travail.

L’accès aux produits d’hygiène menstruel n’est qu’un de ces obstacles.

Même en 2019, les femmes sont en général défavorisées dans le monde du travail par rapport aux hommes, selon le Centre canadien de politiques alternatives. Examinons les faits:

Les femmes – qui comptent pour 47,7 % de la main-d’œuvre du Canada – sont plus susceptibles que les hommes d’avoir des emplois précaires à bas salaire. De plus, il arrive souvent que les femmes gagnent moins que les hommes accomplissant un travail d’égale valeur. Les femmes sont moins susceptibles d’avoir accès à des régimes d’avantages sociaux au travail, y compris l’assurance-maladie complémentaire, l’assurance dentaire et l’assurance sur les soins de la vue. Les femmes sont même plus susceptibles d’avoir des difficultés financières à la retraite.

En outre, les femmes du Canada continuent d’accomplir la majeure partie du travail non rémunéré de prestation de soins, fournissant des soins notamment aux enfants et à des parents malades et vieillissants. Les stéréotypes fondés sur le sexe sont la cause fondamentale de ce fardeau démesuré et ont un effet prouvé sur les décisions d’embauche et les possibilités d’avancement professionnel. 

La dépendance de notre économie à l’égard du travail non rémunéré des femmes contribue à la pauvreté des femmes, nuit à leur santé mentale et physique, réduit leurs gains à vie et accroît le stress familial. Le vieillissement rapide de la population de notre pays est telle que la demande de soins ne fera que continuer à augmenter. Il s’ensuit qu’à défaut d’un investissement considérable dans nos services publics de soins déjà à court de fonds, nous vivrons une crise des soins et les femmes seront appelées à combler les lacunes.

Je crois que des conditions de travail et des possibilité d’avancement équitables devraient être accessibles à tous, sans discrimination fondée sur le sexe. Si nous voulons vraiment que les femmes réussissent au travail, nous devons voir à ce que les gouvernements et les employeurs soient disposés à aplanir les obstacles auxquels les femmes se heurtent.

CE QUE LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL DEVRAIT FAIRE

Le gouvernement fédéral devrait créer un groupe de travail sur le travail et les emplois de prestation de soins au Canada. Ce groupe de travail examinerait le travail rémunéré et non rémunéré de prestation de soins et établirait une stratégie fédérale permettant de répondre à la demande grandissante de soins, réduirait et redistribuerait le travail non rémunéré de prestation de soins accompli par les femmes en améliorant l’accès à des services publics de soins et établirait une stratégie de création d’emplois de prestation de soins.

Le gouvernement fédéral a commencé à établir des normes dans la législation pour améliorer les conditions de travail et satisfaire aux besoins des travailleuses. Ces normes doivent permettre de voir à ce que tous les travailleurs et les travailleuses – qu’ils aient un emploi à plein temps ou à temps partiel, temporaire ou occasionnel, à bas salaire ou par l’entremise d’une agence de placement – aient les mêmes conditions d’emploi et possibilités au travail et le même accès à des salaires et avantages sociaux équitables. 

Le gouvernement devrait également examiner et mettre à jour la Loi sur l’équité en matière d’emploi fédérale, améliorer les mécanismes permettant de tenir les employeurs responsables du respect de leurs obligations et créer des ressources aidant à relever les préjugés inconscients dans les pratiques de travail.

CE QUE LES EMPLOYEURS PEUVENT FAIRE

L’égalité des sexes est bonne pour les affaires. Rendre le travail juste pour les femmes peut aider à améliorer le moral du personnel ainsi que l’image de l’employeur et ses résultats financiers.

Par où les employeurs peuvent-ils commencer? Ils peuvent commencer par assurer des salaires équitables et la sécurité d’emploi afin que tous les membres de leur personnel reçoivent un salaire suffisant pour vivre. De plus, les employeurs peuvent créer des possibilités de passage à des emplois permanents à plein temps et des possibilités de formation et d’avancement.

Les employeurs devraient offrir des régimes d’avantages sociaux à tous les membres de leur personnel, y compris l’accès à une pension, à l’assurance-invalidité et à l’indemnisation pour accident de travail. 

La souplesse est la clé. Tous les travailleurs et les travailleuses doivent avoir de l’influence sur leur calendrier de travail et la capacité de concilier le travail, les obligations familiales et les loisirs. Ils doivent connaître les soutiens disponibles et savoir qu’ils peuvent y faire appel sans que cela ait des répercussions négatives. 

Les employeurs peuvent en outre favoriser la justice et l’équité en prenant des mesures à des égards allant du recrutement à l’avancement au sein de l’organisation pour voir à ce que leurs effectifs soient inclusifs. Les politiques destinées à favoriser l’égalité entre les sexes, la diversité et l’inclusion devraient s’appliquer à tous les membres du personnel de l’organisation, dans toutes les catégories d’emplois. Si nous n’améliorons pas la vie au travail des membres les plus vulnérables de notre personnel, l’égalité des sexes au travail continuera de nous échapper.

Pour prendre des mesures, il ne faut pas attendre que les hommes jugent qu’un changement s’impose. Nous devons écouter avant tout les voix des femmes – et elles nous indiquent clairement qu’un trop grand nombre de lieux de travail les laissent tomber. Pour tout dire, elles en ont assez d’attendre l’égalité.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff.

* Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais. 

Étiquettes: #Fautquecabouge Sexisme

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