Militants syndicaux et anti-haineux doivent s’unir pour dénoncer la suprématie blanche

28 janvier 2021

Par Hassan Yussuff et Bernie M. Farber, tel que publié dans Toronto Star 
Le 27 janvier, 2021

En tant que leaders de la société civile, nous avons fait la promotion des droits des travailleurs et travailleuses et des communautés inclusives au fil du temps. Malgré cela, nous nous trouvons une fois de plus devant une menace qui nous est familière : les mouvements de suprématie blanche et d’extrême droite.

En fait, nous avons par hasard renoué contact par téléphone le jour de l’investiture du nouveau président des États-Unis – qui marque une victoire de la population étatsunienne contre les pires éléments de la xénophobie, du fanatisme et des tendances fascistes. Pourtant, après avoir vu ce qui s’est passé sur la colline du Capitole quelques semaines auparavant, nous convenons qu’il y a encore beaucoup à craindre et beaucoup de résistance à y opposer.

À l’approche du quatrième anniversaire de la tuerie de la mosquée de Québec, première en son genre dans un lieu de culte canadien, il incombe aux travailleurs et travailleuses et aux militants et militantes du Canada de s’unir pour contrer les forces de la haine qui visent à nous diviser et qui militent contre les valeurs que nous chérissons.

De tout temps, le mouvement syndical a joué un rôle fondamental dans la riposte aux forces racistes. Depuis la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, nous avons fait face à la montée du groupe néonazi de suprématie blanche appelé Heritage Front.

À l’époque, le mouvement syndical a mis des ressources et des espaces à la disposition de ceux qui militaient contre la haine afin qu’ils puissent se rassembler pour affronter ces forces sinistres. Sous la direction du Conseil du travail de Toronto et de la région de York, le mouvement a offert son aide quand les gens en ont eu le plus grand besoin. Des groupes tels que le Congrès juif canadien, l’Alliance urbaine sur les relations interraciales et le réseau Anti-Racist Action ont continué à collaborer avec le mouvement syndical jusqu’au démembrement du Heritage Front en 2005.

Actuellement, nous assistons à une inquiétante résurgence d’activité d’extrême droite. Les groupes militant pour la suprématie blanche peuvent s’organiser et faire de la propagande beaucoup plus rapidement et plus efficacement sur internet que selon les méthodes antérieures. Auparavant, les groupes d’extrême droite comptaient uniquement sur les feuillets et les tribunes téléphoniques haineuses pour diffuser leurs messages infâmes. Ils ont maintenant un arsenal très différent, que le gouvernement fédéral entendrait mieux réglementer – comme il le doit.

Même si les plateformes des médias sociaux s’engagent à en faire davantage pour se débarrasser des groupes et des individus qui tiennent des discours nuisibles menaçant le bien-être des groupes minoritaires et de l’ensemble de la société, y compris les personnalités, ces plateformes ont laissé tomber leurs utilisateurs et utilisatrices. C’est pourquoi un grand nombre d’entre nous espère que de fortes lois fédérales seront adoptées au cours des prochaines semaines. Ceux qui répandent leur venin en ligne doivent être exclus de ces espaces, et les plateformes doivent subir des conséquences si elles n’y voient pas. Près de 80 % des Canadiennes et Canadiens sont favorables à une réglementation à cet effet, d’après un sondage dont les résultats ont été publiés cette semaine par la Fondation canadienne des relations raciales.

Le mouvement syndical, agissant en solidarité avec des groupes comme le Réseau canadien contre la haine, participe intimement aux efforts faits pour sensibiliser la population du Canada au danger de la suprématie blanche, du nativisme (hostilité aux immigrants) et de la xénophobie et aux effets que pareil racisme a eus et continue d’avoir sur notre vie quotidienne. Après tout, l’histoire a prouvé qu’en temps de crise économique ou simplement pour trouver un bouc émissaire auquel attribuer les difficultés qu’éprouvent les gens, certains dirigeants politiques attirent l’attention sur « les autres », qu’il s’agisse des juifs, des musulmans, des personnes noires, immigrantes ou réfugiées, des personnes ayant un handicap, des Autochtones ou des LGBTQ.

C’est extrêmement dangereux, comme nous l’avons constaté dans notre propre passé récent. Le jeune homme qui a abattu six hommes à Québec le 29 janvier 2017 réagissait à l’engagement du Premier ministre du Canada à accueillir les réfugiés refoulés par l’interdiction d’accès des musulmans prononcée par l’ancien président Donald Trump. Au Québec, comme dans le reste du Canada, le discours public était empreint d’islamophobie même avant l’élection de M. Trump.

Actuellement, la COVD-19 sert à masquer la promotion de la haine envers les Canadiens d’origine asiatique, les personnalités racialisées et les femmes, y compris le docteur Theresa Tam et le docteur Saqib Shahab de la Saskatchewan, et la promotion de différentes théories conspirationnistes antisémites. Nous devons nous protéger contre ces tendances.

Puisqu’ils constituent le mouvement civil le plus important du Canada, les travailleurs et les travailleuses peuvent se mobiliser de manières dont d’autres ne peuvent que rêver. Grâce à la sensibilisation et à un ferme engagement, les travailleurs et travailleuses et les militantes et militants du Canada peuvent servir de puissant rempart contre les personnes qui ne comprennent pas que la force de notre pays tient à notre détermination à nous défendre les uns les autres. Il nous appartient de jouer ce rôle une fois de plus.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Bernie M. Farber est le président du Réseau canadien contre la haine.

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