Jour de deuil national : le coût humain de la COVID-19

28 avril 2021

Par Hassan Yussuff tel que publié dans The Hamilton Spectator

Chaque année, les travailleuses et travailleurs et leurs familles se réunissent le 28 avril, à l’occasion du Jour de deuil national, pour pleurer les personnes décédées en raison de maladies et de blessures au travail. Cette année, les syndicats du Canada braquent les projecteurs sur le coût humain de la pandémie de COVID-19.

L’appel immuable « Pleurons les morts, luttons pour les vivants » ne pourrait revêtir un caractère plus urgent en ce Jour de deuil national. Un peu plus d’un an après l’annonce d’une pandémie mondiale de COVID-19 par l’Organisation mondiale de la santé, le Canada rapporte plus d’un million de cas de COVID-19 et 23 492 décès.

Cette pandémie a exposé des employeurs qui accordent plus d’importance aux profits plutôt qu’aux gens. La COVID-19 se propage au travail. Pas seulement dans les établissements de soins de santé et de soins de longue durée, mais aussi dans les usines, le travail agricole et le secteur de la transformation alimentaire, les entrepôts, les écoles, les bureaux et les transports, entre autres. Les travailleuses et travailleurs ont dû se battre pour avoir accès à de l’équipement de protection efficace, à des mesures de protection contre la COVID au travail, à des congés de maladie payés et au respect de leurs droits fondamentaux en matière de santé et sécurité.

Selon un récent rapport du Toronto Star, l’Ontario observe une recrudescence des décès liés à la COVID-19 au travail par rapport à 2020. Depuis le début de la pandémie, la CSPAAT a reconnu 46 décès au total, pouvant être directement liés à l’exposition au virus en milieu de travail. Au cours des 10 premiers mois de la pandémie, la Commission a signalé 28 décès de COVID-19. La CSPAAT a signalé 18 décès au cours des trois premiers mois de 2021 seulement – près des deux tiers du total de l’année dernière.

Les travailleurs et les travailleuses du Canada ont été confrontés à des choix impossibles pendant cette pandémie. 58 % des travailleuses et travailleurs canadiens n’ont pas accès à des congés de maladie payés, selon un rapport du Decent Work and Health Network. La proportion atteint 70 % dans le cas de ceux qui gagnent moins de 25 000 $ par année.

Sans accès à des congés de maladie payés adéquats, les travailleuses et travailleurs ont été forcés de choisir entre se présenter au travail malades ou acheter de la nourriture. Cette défaillance nous met tous à risque et contribue à exacerber et à prolonger les répercussions de la pandémie. Avec l’apparition de variants plus contagieux et mortels et le fait que de nombreux travailleurs et travailleuses essentiels ne font toujours pas partie des groupes prioritaires pour recevoir le vaccin, l’administration du vaccin ne sera pas suffisante pour freiner cette vague de la pandémie. Il est essentiel de pouvoir rester à la maison lorsqu’on est malade afin de réduire les risques d’exposition et de maladies au travail. Nous demandons instamment aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada de veiller à ce que tous les travailleurs et travailleuses aient un accès fiable à des congés de maladie payés universels, permanents et adéquats.

Si nous espérons atteindre les niveaux de vaccination requis pour arriver à une immunité communautaire, il est essentiel que tous les obstacles soient supprimés afin que les personnes les plus à risque aient accès à ces vaccins vitaux. Cela veut dire qu’il faut des congés payés pour les travailleurs qui vont se faire vacciner et qu’il faut donner la priorité aux travailleuses et travailleurs essentiels qui ne peuvent pas rester à la maison.

Jusqu’à présent, seules deux provinces garantissent les congés de maladie payés annuels : les travailleurs et travailleuses du Québec ont accès à deux jours de congé de maladie payés et ceux de l’Île-du-Prince-Édouard ont accès à un jour de congé de maladie payé. Les personnes travaillant dans la compétence fédérale ont droit à trois jours de congé de maladie payés par année. Ici, en Ontario, le premier ministre Doug Ford a annoncé cette semaine qu’il allait enfin offrir des congés de maladie payés aux travailleurs et travailleuses. Les détails n’ont pas encore été confirmés et il reste à voir à quel point il sera facile pour les travailleurs et travailleuses d’accéder à ce congé payé.

Chaque année, environ 1 000 travailleuses et travailleurs canadiens et plus de 2,7 millions de travailleurs dans le monde meurent en raison d’un événement au travail. En 2019, l’année la plus récente pour laquelle des statistiques sont disponibles, 925 décès en milieu de travail ont été acceptés et 271 806 réclamations pour temps perdu ont été acceptées au Canada. Ces chiffres ne reflètent pas encore toutes les vies perdues à la COVID-19.

En ce Jour de deuil national, nous demandons aux employeurs de travailler avec les comités et les représentants en matière de santé et sécurité afin d’assurer des conditions de travail saines et sécuritaires. Ils doivent en outre garantir l’accès à de l’équipement de protection individuel approprié et efficace gratuit, de la formation et des congés de maladie payés pour que les travailleurs et travailleuses puissent rester à la maison lorsqu’ils sont malades et prévenir d’exposer leurs collègues et leur communauté.

Cette pandémie nous a déjà coûté trop chère. Alors que nous pleurons les morts, nous devons aussi lutter pour les vivants en faisant tout ce que nous pouvons pour protéger les gens autour de nous et nous assurer que les travailleurs et travailleuses rentrent à la maison sains et saufs à la fin de chaque journée.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

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