« One big union » est fondé à calgary le 4 juin 1919

4 janvier 2019

Le syndicat industriel national du Dominion du Canada – aussi appelé « One Big Union » (OBU) – est né de la volonté d’unir tous les travailleurs au sein d’un même syndicat fondé sur la classe sociale plutôt que sur la profession ou la nationalité. Faisant ardemment la promotion de la grève pour favoriser les intérêts de ses membres, l’OBU est qualifié de radical par la collectivité politique et le milieu des affaires du Canada, qui prétendent qu’il menace la sécurité du pays.

Au fil de l’industrialisation de l’économie du Canada au début du 20e siècle, la main-d’œuvre de celui-là a changé. L’économie, qui reposait auparavant sur des artisans, des ouvriers qualifiés et des agriculteurs, se remplit de travailleurs non spécialisés attirés aux usines et aux chantiers de construction.

L’Ouest du Canada est en croissance rapide et proteste déjà contre le fait que c’est l’Est du pays qui tient les rênes de l’économie et de la politique. La croissance rapide de la main-d’œuvre et du mouvement syndical dans l’Ouest témoigne de cette division géographique.

Les travailleurs de l’Ouest ont des racines beaucoup plus radicales que ceux de l’Est. Bon nombre d’immigrants viennent de pays socialistes et cherchent à instaurer un nouvel ordre mondial dans leur pays d’adoption. Les Industrial Workers of the World créés en 1905 trouvent leur base d’appui dans l’Ouest des États-Unis et du Canada et illustrent ce point de vue. De nombreuses personnes croient que c’est en unissant tous les travailleurs au sein d’un même syndicat qu’on pourrait établir une véritable solidarité et obtenir les changements sociaux qu’ils souhaitent.

Cependant, le mouvement syndical canadien est dominé par des syndicats de l’Est du pays, qui sont contrôlés par des syndicats des États-Unis et axés sur la représentation des travailleurs spécialisés au sein de syndicats de métier. Pendant l’assemblée de 1902 du Congrès des métiers et du travail du Canada(CMTC), la plupart des syndicats indépendants canadiens sont expulsés, y compris les Chevaliers du travail, qui sont la voix la plus forte des travailleurs industriels et qui accueillent presque tous les travailleurs qualifiés et non qualifiés, les femmes et les personnes racialisées.

L’appui de la Première Guerre mondiale et de la conscription divise encore davantage les syndicats du Canada. Alors que le CMTC est favorable à la guerre et à conscription, l’opposition aux deux est forte dans l’Ouest. En 1917, les chefs syndicaux de l’Ouest s’indignent quand des chefs syndicaux canadiens participent à une conférence de la Fédération américaine du travail (FAT) appelant le mouvement syndical à appuyer l’entrée en guerre des États-Unis et à signer un engagement à défendre « la République des États-Unis contre ses ennemis, quels qu’ils soient ». Les chefs canadiens jugent qu’il s’agit là d’une subjugation aux intérêts des États-Unis et aux syndicats de métier étatsuniens.

L’année suivante, Albert (dit Ginger) Goodwin, bien connu en tant que mineur de charbon, recruteur syndicat et vice-président de la Fédération du travail de la Colombie-Britannique (FTCB), est traqué et abattu pour ne pas s’être soumis à la conscription – mais les travailleurs de l’Ouest savent pourquoi il est mort. Il a tenu tête aux compagnies charbonnières et au gouvernement dans son opposition à la guerre et à la conscription. Sa mort déclenche la première générale du Canada à Vancouver.

Après la guerre, les travailleurs et leurs familles qui ont fait beaucoup de sacrifices au cours des années précédentes ne sont plus disposés à en faire. Les soldats revenant de la guerre ne trouvent pas d’emploi. La prospérité pour laquelle ils ont lutté n’est pas partagée. Les travailleurs de tout le Canada exigent mieux. Ils se mobilisent, et c’est dans l’Ouest que les voix les plus fortes se font entendre en faveur d’un changement.

En 1919, pendant l’assemblée de la Conférence syndicale de l’Ouest des syndicats faisant partie du CMTC qui a lieu à Calgary, les choses atteignent un point critique. Environ 250 délégués représentant des syndicats importants de Winnipeg à Victoria participent à cette assemblée – la FTCB s’est même assurée de tenir son congrès à Calgary cette année-là afin de permettre à un plus grand nombre de délégués de participer à l’assemblée. Des années de frustration et d’aliénation ont convaincu la majorité des délégués à l’assemblée de voter en faveur d’une résolution visant à créer un « syndicat industriel révolutionnaire » distinct de la FAT et du CMTC. Le congrès inaugural du « One Big Union » (grand syndicat unique) est prévu pour juin 1919.

Cependant, le temps ne joue pas en faveur du OBU. Avant que le congrès inaugural ait lieu, le 4 juin, une grève générale est déclenchée à Winnipeg. Bon nombre des partisans du OBU à Winnipeg se font emprisonner et certains se font déporter par suite de la répression de la grève, de telle sorte qu’ils ne peuvent pas participer au congrès. Le nouveau syndicat est fondé mais dans un paysage différent. Après la défaite des grévistes à Winnipeg, les employeurs et les gouvernements sont plus disposés à utiliser tous les outils dont ils disposent contre les travailleurs et les travailleuses syndiqués, souvent avec l’appui du CMTC.

L’OBU demeure une force modérée dans l’Ouest jusqu’en 1956, année où il fusionne avec le Congrès du Travail du Canada (CTC) nouvellement créé. L’OBU n’atteint la force que ses fondateurs espéraient, et le mouvement syndical canadien est contrôlé dans une grande mesure par les syndicats étatsuniens jusqu’au cours des années 1970.

Actuellement, le CTC est l’organisation syndicale la plus grande du Canada. Il rassemble 55 syndicats nationaux et internationaux, 12 fédérations provinciales et territoriales du travail et plus de 3,3 millions de travailleuses et travailleurs. Depuis plus de 60 ans, le CTC contribue aux nombreuses réalisations du mouvement syndical.

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