Les enseignantes et enseignants de l’ontario mettent fin au plus important mouvement de protestation de l’histoire du secteur.

4 janvier 2019

Le 10 novembre 1997, les enseignantes et enseignants de l’Ontario reprennent le travail après un débrayage de deux semaines pour protester contre les changements radicaux et anti-démocratiques imposés par le gouvernement conservateur de Mike Harris. Bien que le mouvement de protestation n’ait pas réussi à empêcher l’adoption du projet de loi 160, c’est une défaite pour Harris et sa soi-disant « Révolution du bon sens » dans l’opinion publique et devant les tribunaux.

Le projet de Mike Harris de réformer l’enseignement en Ontario ne s’est pas vraiment déroulé comme prévu. Présenté comme la Loi de 1997 sur l’amélioration de la qualité de l’éducation, l’imposant projet de loi 160 de 226 pages prévoit de centraliser radicalement le pouvoir entre les mains du ministre de l’Éducation et le cabinet des ministres, puis d’imposer des normes aux dispositions déjà définies dans les conventions collectives négociées par les conseils scolaires avec les enseignantes et enseignants et leurs syndicats. Le projet de loi impose plus de travail et moins de temps pour le faire tandis que le gouvernement prévoit en sourdine de sabrer le budget de l’éducation.

Les enseignantes et enseignants de l’Ontario protestent et débrayent.

Avec 126 000 manifestantes et manifestants, c’est le plus important mouvement de protestation du personnel enseignant de l’histoire de l’Amérique du Nord. Des lignes de piquetage sont organisées à travers la province. Des manifestations ont lieu dans les écoles, les rues et les bureaux des députés provinciaux. Les enseignantes et enseignants et leurs syndicats organisent des rassemblements de masse, dont un sur la pelouse devant l’assemblée législative à Queen’s Park qui attire des milliers de personnes.

Le gouvernement répond par une campagne de propagande. Il dépense des millions de dollars en messages publicitaires à la télévision qualifiant le mouvement de protestation de « grève illégale » et les syndicats d’enseignants « d’égoïstes aux intérêts particuliers » – mais le public n’est pas dupe.

Une semaine après le début du mouvement de protestation, un sondage révèle que 63 % de la population ontarienne veut que le gouvernement renonce à ses réformes.

La tentative de Harris de faire déclarer « grève illégale » le mouvement de protestation essuie également un échec au tribunal où l’action menée par le personnel enseignant est déclarée légitime. En punition et pour les réduire au silence, Harris réplique en menaçant les enseignantes et enseignants de passer une loi les obligeant à reprendre le travail.

Après deux semaines de débrayage, de nombreux enseignants et enseignantes estiment avoir réussi à se faire entendre et votent la reprise du travail.

C’est vrai, les manifestantes et manifestants n’ont pas empêché le gouvernement de retirer les pouvoirs des conseils scolaires locaux, mais ils ont gagné le soutien de l’opinion publique. Les discussions avec les étudiants, les parents d’élèves, les médias, les enseignantes, les enseignants et leurs syndicats révèlent les intentions cachées du gouvernement – licenciements dans le corps enseignant et réduction du budget de l’éducation, ce à quoi Harris s’était lui-même opposé pendant la campagne électorale.

La solidarité exprimée par les syndicats de l’Ontario en soutien au personnel enseignant et à leur mouvement de protestation sème les germes de la résistance au programme d’austérité idéologique qui est au cœur de la Révolution du bon sens du gouvernement Harris.

Les syndicats canadiens s’élèvent depuis longtemps contre l’injustice des programmes d’austérité mis en place par les gouvernements à tendance conservatrice, en particulier ceux des années 1990, particulièrement brutaux et sectaires : Mike Harris en Ontario, Ralph Klein en Alberta et plus récemment ceux des libéraux en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse.

Financer les réductions fiscales au profit de riches investisseurs et d’intérêts puissants au moyen de compressions des dépenses publiques en matière de soins de santé, d’éducation, d’infrastructure publique et de programmes sociaux est une formule bien connue du pouvoir. Il en est de même pour l’effort de discréditer les syndicats, les journalistes, les institutions publiques et les mouvements sociaux qui s’opposent à lui.

Le mouvement de protestation des enseignantes et enseignants de l’Ontario en 1997 est un moment important où les gens ont exprimé leur ras-le-bol. Même s’il n’a pas empêché le gouvernement d’aller de l’avant, il a mis le pouvoir provincial sur la touche et obligé les gens à ouvrir les yeux.

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