Un robuste système d’immigration est la clé de notre relance

25 septembre 2020

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans The Province*

La COVID-19 nous a obligés à repenser bien des éléments de nos vies que nous tenions auparavant pour acquis.

Nous devons notamment repenser le fonctionnement de nos communautés, en mettant l’accent sur les personnes qui permettent de voir à ce qu’elles continuent de fonctionner, même en temps de bouleversement.

Cela a attiré plus d’attention sur des travailleurs et travailleuses auxquels bon nombre d’entre nous ne pensent pas souvent : les travailleurs migrants, les travailleurs étrangers temporaires et les nouveaux venus qui accomplissent le travail dont de nombreux Canadiens et Canadiennes ne veulent pas.

Même en pleine pandémie, ces travailleurs et travailleuses essentiels ont travaillé dur à longueur de journée pour que nous ayons de quoi manger, pour prendre soin de nos aînés et pour nous aider tous à maintenir un certain degré de normalité.

Leurs contributions indiquent à quel point une politique d’immigration bien équilibrée importerait pour un pays comme le Canada dont la prospérité et le bien-être dépendent des immigrants, d’autant plus en ces temps où nos communautés ont du mal à se rétablir.

La crise a mis en évidence les lacunes de notre système d’immigration et illustré comme il est facile d’exploiter des travailleurs et travailleuses, de les maltraiter et/ou de les empêcher de s’intégrer pleinement en raison des politiques et des attitudes parfois discriminatoires et favorisant les employeurs plutôt que les droits des travailleurs et travailleuses.

En fait, après avoir entendu des histoires d’abus cet été, la ministre de la Santé du Canada, Patty Hajdu, a même qualifié de « honte nationale » le traitement de certains travailleurs agricoles migrants. La ministre s’est engagée à examiner les moyens de réformer le programme. Au total, environ 60 000 travailleurs et travailleuses étrangers temporaires plantent et récoltent des cultures chaque année, souvent obligés de vivre dans des conditions de promiscuité.

Les défenseurs de ces travailleurs et travailleuses, y compris les syndicats du Canada, indiquent depuis longtemps des solutions telles que celle de voir à ce que tous les travailleurs et les travailleuses jouissent de toutes les protections possibles et à ce que nous donnions enfin des voies d’accès au statut de résident permanent aux personnes qui veulent rester au Canada et contribuer à celui-ci comme les générations d’immigrants qui les ont précédées.

De nombreuses études ont indiqué qu’à défaut de l’immigration, nous aurons de la difficulté à maintenir les programmes sociaux et les services qui soutiennent notre société. Puisque notre population baisse et vieillit, notre dépendance à l’égard de l’immigration demeure élevée. Pourtant, le nombre des immigrantes et immigrants arrivant au Canada a diminué considérablement depuis un an et le pays est loin d’atteindre ses cibles (le gouvernement devra hausser ses cibles futures pour y remédier, sinon il risquera d’avoir une économie encore plus anémique).

Entre-temps, nous pouvons combler les lacunes dès maintenant en donnant accès au statut de résident permanent aux travailleurs et travailleuses qui se trouvent déjà ici ou qui s’en viennent. Le gouvernement fédéral a déjà pris une mesure temporaire qui permettra aux demandeurs d’asile travaillant dans le secteur de la santé de demander la résidence permanente. Une mesure semblable devrait s’appliquer à tous les demandeurs d’asile qui travaillent pour nous aider à réchapper à la pandémie en cours. Qu’elles participent au nettoyage de nos hôpitaux, au réapprovisionnement de nos entrepôts ou à la cueillette de fruits, les personnes en question méritent d’avoir l’occasion de continuer à vivre ici sans subir l’incertitude et la crainte de l’inconnu. Autrement, les programmes risquent de favoriser l’exploitation et de nous rendre vulnérables quand les frontières ferment.

Les travailleurs et travailleuses sans document méritent eux aussi l’occasion de régulariser leur statut et de vivre avec leur famille sans craindre de se faire emprisonner ou déporter. C’est pour cela que les projets pilotes aidant à assurer le statut aux personnes qui ne l’ont pas importent. Toutefois, ils ne constituent que des palliatifs en attendant que nous mettions en œuvre des moyens plus permanents d’assurer l’amnistie aux personnes qui vivent et travaillent parmi nous.

En outre, il faut assurer plus de soutien même aux nouveaux venus professionnels très qualifiés pour que le Canada demeure une destination attractive. Les histoires de médecins formés à l’étranger offrant leurs services au cœur de la pandémie et des efforts anémiques faits pour leur accorder des permis d’exercice temporaires nous rappellent que nous ne reconnaissons pas les titres de compétence étrangers, à notre péril. Le sous-emploi et la surqualification des nouveaux venus sont beaucoup trop courants, comme le sont les écarts salariaux des immigrants, et particulièrement des immigrantes.

Pour repenser l’immigration, nous devons cesser d’estimer que les personnes jugées peu qualifiées sont moins utiles que les personnes qui ont des diplômes universitaires. Et les personnes qui détiennent de tels diplômes méritent de pouvoir les mettre à contribution et de se faire traiter de façon équitable.

Il nous faut un système robuste qui accueille toute personne aidant à rendre notre pays plus fort et plus résilient et accroissant notre capacité de prendre soin les uns des autres. C’est un facteur crucial de notre rétablissement collectif.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

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