Améliorer la vie des travailleurs est une affaire de bon sens

11 septembre 2019

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans le Toronto Sun.*

Il y aura toujours des personnes qui croiront que la rentabilité d’une entreprise constitue l’élément le plus important, même si cette vision étroite des affaires peut avoir une incidence néfaste sur la vie des travailleuses et travailleurs.

Or, les meilleurs employeurs comprennent qu’il est judicieux pour toute entreprise de cultiver un milieu de travail où leurs employés sont traités avec dignité et respect.

Ceux qui ont à cœur leurs employés constateront souvent une hausse de rendement lorsque leur main-d’œuvre est plus heureuse et en meilleure santé.

C’est pourquoi les Canadiennes et Canadiens qui travaillent dans des secteurs sous réglementation fédérale attendent avec grande impatience les modifications au Code canadien du travail qui entrent en vigueur le 1er septembre.

Puisque certaines personnes sonnent l’alarme concernant les nouvelles règles, il est prudent de prendre du recul et de réfléchir à ce que les modifications signifient réellement pour tout le monde.

Tout d’abord, ce sont les travailleurs qui seront directement touchés. Il s’agit notamment des employés occasionnels, à temps partiel et à temps plein travaillant dans un éventail de domaines, y compris les chemins de fer, le transport maritime et les banques. Ensuite, c’est le public en général à qui ces travailleuses et travailleurs offrent des services de façon directe et indirecte. Nous sommes tous gagnants quand les gens sont traités de façon équitable.

Tout le monde y gagne lorsque les employeurs reconnaissent que chaque travailleur a des responsabilités et des obligations personnelles qui évoluent au cours de sa carrière. Avoir des conditions de travail souples permet aux travailleuses et travailleurs de s’adapter aux changements dans leur vie sans compromettre leur gagne-pain.

Tout le monde y gagne lorsque les travailleuses et travailleurs ont le droit de refuser de faire des heures supplémentaires afin qu’ils puissent prendre soin des membres de leur famille et s’acquitter de leurs engagements envers l’éducation de leurs enfants.

Tout le monde y gagne lorsque les travailleuses et travailleurs faisant l’objet de violence conjugale sont en mesure d’accéder à un congé payé pour faire face à une expérience qui serait très traumatisante et difficile pour quiconque. Les victimes de violence conjugale ne devraient pas être forcées de choisir entre leur bien-être et leur gagne-pain.

Bien que ce ne sont là que quelques-unes des modifications apportées au Code du travail le 1er septembre, les changements dans leur ensemble visent à garantir que les travailleuses et travailleurs parviennent à trouver un équilibre entre leur santé, leur bien-être, leurs obligations personnelles et leur emploi.

Malheureusement, il est devenu courant d’assister à un tollé de protestation lorsque des mesures visant à améliorer les conditions de travail des Canadiennes et Canadiens sont mises en œuvre. Il y aura toujours des personnes qui protesteront contre la mise en place de telles dispositions jugées trop excessives ou bureaucratiques pour les employeurs. Or, en réalité, la plupart des milieux de travail sous réglementation provinciale ont déjà eu à faire face depuis quelques années maintenant à des règles similaires, sinon plus rigoureuses, et le ciel ne leur est pas tombé sur la tête – le gouvernement fédéral ne fait qu’essayer de rattraper son retard.

Il n’est pas surprenant non plus que les critiques prétendent que les projets pour actualiser les normes sont cachés au public, pour être ensuite annoncés subrepticement aux intervenants à la toute dernière minute. Ces modifications au Code du travail sont prévues depuis plusieurs années et sont le fruit de vastes consultations entre le gouvernement, les travailleurs, les syndicats et les employeurs.

En améliorant la vie des travailleuses et des travailleurs, nous améliorerons ainsi la qualité de vie de tout le monde. Les employeurs qui manquent de vision pourraient être dupes des propos alarmistes, mais ceux qui ont à cœur le meilleur intérêt de leurs employés devraient accueillir favorablement ces modifications attendues depuis trop longtemps. En fait, ils devraient plaider en faveur d’améliorations supplémentaires.

Par exemple, il est temps pour le gouvernement fédéral de rétablir un salaire horaire minimum pour les travailleurs des secteurs sous réglementation fédérale. Le salaire minimum doit être fixé à 15 $ l’heure et lié à l’indexation afin que les emplois aident les travailleurs à progresser plutôt qu’à les maintenir dans le cycle de la pauvreté.

Les travailleurs doivent également être en mesure de « débrancher » leurs téléphones et courriels du travail lorsqu’ils rentrent à la maison. Malheureusement, en cette ère des communications instantanées, beaucoup d’employeurs s’attendent à ce que leur personnel réponde pendant leurs temps libres – c’est tout simplement injuste et malsain.

Les travailleuses et les travailleurs du Canada font des avancées. Les employeurs peuvent soit se mettre au diapason ou risquer de perdre leurs meilleurs employés.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff.

* Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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