Déclaration sur le Partenariat stratégique Canada–Chine
L’annonce aujourd’hui d’un nouveau partenariat stratégique entre le gouvernement du Canada et la République populaire de Chine représente un changement radical et inquiétant dans la stratégie commerciale et industrielle du Canada.
Bien que cet accord soit présenté par le Canada comme un moyen de diversifier les marchés pour les agriculteurs et les exportateurs canadiens, il met toutefois les deux groupes à risque, offrant un soulagement incertain et à court terme aux secteurs du canola et de certaines pêches, tout en mettant en danger des centaines de milliers de bons emplois dans les secteurs manufacturier et industriel du Canada. Ultimement, aucun secteur n’est réellement gagnant, et les travailleuses et travailleurs de toutes les industries sont plus vulnérables.
Essentiellement, cet accord réduit considérablement la surtaxe canadienne sur les véhicules électriques (VE) fabriqués en Chine, créant ainsi une voie permettant à des dizaines de milliers de véhicules bon marché subventionnés par l’État d’inonder notre marché automobile. Comme nous a mis en garde le plus grand syndicat du secteur privé au Canada, l’ouverture de notre marché aux véhicules électriques chinois risque de fragiliser notre industrie automobile nationale, de compromettre les emplois existants, de supprimer les investissements et d’éroder la chaîne d’approvisionnement indépendante qui soutient des milliers de travailleuses et travailleurs canadiens.
Il est profondément troublant que le gouvernement soit prêt à échanger son effet de levier durement gagné dans des enjeux comme les droits de douane sur les automobiles et la coopération nord-américaine pour des réductions tarifaires temporaires sur le canola et certains produits de la mer. L’aide offerte à l’agriculture et à la pêche est limitée dans le temps, incertaine au-delà de cette année et insuffisante comme dédommagement pour livrer les industries stratégiques à une concurrence mondiale alimentée par une intervention massive de l’État.
Cet accord soulève de sérieuses questions sur la stratégie plus large du gouvernement du Canada dans ses rapports avec nos partenaires économiques les plus importants, les États-Unis et l’Union européenne. Et il ne tient pas compte des violations des droits de la personne commises actuellement par la Chine, y compris le recours documenté au travail forcé et la répression des droits des travailleurs.
Au lieu de définir une stratégie commerciale cohérente, axée sur les travailleuses et travailleurs, le gouvernement fédéral semble échanger une forme d’instabilité contre une autre, répondant au chaos et à l’imprévisibilité de la politique commerciale américaine à la Trump en ouvrant la porte aux importations chinoises faisant l’objet de subventions qui menacent d’anéantir la base manufacturière du Canada. On demande aux travailleuses et travailleurs d’assumer les risques de part et d’autre : d’une part, l’insécurité de l’emploi due à la volatilité du commerce américain, d’autre part, la destruction à long terme de la capacité de production nationale. Aucune de ces approches ne protège les travailleuses et travailleurs, les collectivités ou la souveraineté économique du Canada, et ce sont les travailleuses et travailleurs qui en payent le prix dans les deux cas.
Le Canada ne peut assurer un avenir prospère en sacrifiant la sécurité d’emploi et la résilience industrielle pour des gains symboliques. Une stratégie commerciale responsable doit défendre les travailleuses et travailleurs canadiens, faire respecter les principes du commerce équitable et coordonner ses efforts avec ceux des alliés afin de veiller à ce que la concurrence mondiale ne se fasse pas aux dépens des travailleuses et travailleurs, de l’industrie et des collectivités du Canada.