Il ne saurait y avoir de relance économique sans services de garde d’enfants suffisants

3 juin 2020

Par Hassan Yussuff et Goldy Hyder, tel que publié dans The Star.*

Les effets économiques de la COVID-19 sont très durs – et ce sont surtout les femmes qui les sentent.

Plus d’1,5 million de femmes ont perdu leur emploi en mars et en avril, selon Statistique Canada. Cela correspond à une baisse de 17 % du taux d’emploi depuis février. Même si les lieux de travail et les services commencent à rouvrir, les familles auront de la difficulté à retourner au travail si des services de garde à l’enfance suffisants ne sont en place.

Les défenseurs de cause, les employeurs et les personnes qui établissent les politiques publiques craignent tous que ce soient les femmes qui aient à porter le fardeau de la garde d’enfants.

Puisque les Canadiennes apportent habituellement environ 40 % du revenu du ménage, il ne saurait y avoir de pleine reprise économique sans ce que l’économiste Armine Yalnizyan a qualifié de « relance au féminin ».

Or, les services de garde à l’enfance sont la clé de cette relance.

Il est clair de nos jours que les services de garde à l’enfance sont un élément vital de l’infrastructure sociale. À défaut de ces services, les personnes travaillant dans des secteurs à prédominance féminine qui assurent notre santé, notre sécurité et notre alimentation ne pourraient pas continuer à remplir leurs fonctions. C’est pour cela que nous avons vu de nombreux gouvernements intervenir rapidement pour mettre des services de garde d’enfants à la disposition des travailleuses et travailleurs essentiels en tant que composante principale de leur réponse à la pandémie.

Cependant, cette solution temporaire est loin de ce qui est nécessaire pour combler les lacunes béantes d’un système gravement morcelé qui manque grandement de fonds. C’est un système dans lequel les services de garde d’enfants coûtent beaucoup trop cher à de nombreuses familles, et même dans les cas où le prix des services est abordable, il faut se les arracher – puisqu’il y a parfois trois fois ou plus d’enfants à garder que de places en services de garde réglementés.

À mesure que nous commençons à façonner la nouvelle normalité, les services de garde à l’enfance doivent être au cœur de l’économie post-COVID. Ces services encouragent la participation au marché du travail et sont une importante source d’emplois pour les femmes – ce qui en fait un moteur économique en soi.

Les investissements dans l’économie des soins seront récupérés dans une grande mesure grâce à l’augmentation de la participation des familles de la classe moyenne au marché du travail et à l’accroissement de la productivité, des revenus et des recettes fiscales.

Le gouvernement fédéral a l’occasion de donner le pas à un vaste effort pancanadien permettant de voir à ce que le nouveau système des services de garde à l’enfance soit meilleur que l’ancien. Il doit s’agir d’un système qui assure aux enfants des services sécuritaires d’éducation préscolaire et de garde à l’enfance et qui permet aux parents de réintégrer des emplois rémunérés sans trop se faire de souci.

À court terme, le gouvernement devra collaborer avec les provinces et les territoires pour affecter des fonds à la stabilisation de l’infrastructure existante des services de garde à l’enfance.

Le gouvernement fédéral s’est déjà engagé à établir un secrétariat des services de garde à l’enfance pour aider à renforcer l’infrastructure sociale canadienne.

Le nouveau secrétariat jouera un rôle fondamental dans la reconstruction du système, qui nécessitera un engagement à long terme et un travail d’équipe.

De plus, le secrétariat devra établir une stratégie de développement de la main-d’œuvre visant à améliorer la qualité des services d’éducation préscolaire et de garde à l’enfance et les conditions de travail des éducatrices et éducateurs de la petite enfance et à superviser l’expansion du système.

Grâce à la collaboration, à la créativité et à la confiance, nous pourrons prendre des mesures contribuant vraiment à une relance économique solide et favorable à tous.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada
Goldy Hyder est le président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires

*Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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