Jour de deuil : La santé et la sécurité psychologiques font l’objet d’une crise en milieu de travail que nous ne saurions négliger
La santé et la sécurité psychologiques sont une question de santé et de sécurité au travail. Une blessure au travail demeure une blessure au travail—qu’elle soit physique ou psychologique—et il faut prévenir et traiter les blessures des deux genres. Mais il arrive trop souvent que le stress attribuable au travail, l’épuisement professionnel ainsi que le harcèlement et la violence soient considérés comme « une simple partie du travail ». Ils ne le sont pas. Ces préjudices sont bien réels, il est possible de les prévenir, et ils affectent les travailleuses et travailleurs dans des proportions alarmantes.
Le 28 avril—Jour de deuil national—les travailleuses et travailleurs du Canada se rassemblent pour commémorer les personnes qui sont mortes ou ont été blessées ou rendues malades en raison d’incidents survenus dans le monde du travail et s’engager à nouveau à lutter pour la sécurité et le bien-être de tous les travailleurs et travailleuses. Cette année, nous mettons en lumière le nombre croissant des cas de stress attribuable au travail, d’épuisement professionnel et de blessures psychologiques, et nous rendons hommage aux personnes qui ont perdu la vie parce qu’elles se sont suicidées ou autrement, y compris celles dont la vie leur a été volée par des préjudices psychologiques attribuables au travail. Au Canada, les troubles et maladies psychologiques sont la principale cause de handicaps.
« Les travailleuses et travailleurs paient déjà le prix de la crise de l’abordabilité qui se poursuit, d’une guerre commerciale que personne n’a demandée et de l’instabilité géopolitique grandissante. Les nouvelles nous rappellent au quotidien les pressions que sentent les travailleuses et travailleurs : les loyers sont inabordables, l’épicerie coûte trop cher, les services publics sont grevés au maximum et la sécurité d’emploi est de plus en plus fragile », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada. « Le fait d’aller travailler ne devrait pas ajouter un stress considérable à la vie des gens, et pourtant, près de la moitié des travailleuses et travailleurs signalent que leur travail est l’élément le plus stressant de leur quotidien. C’est tout à fait inacceptable. Cela tient non pas à un manque de résilience individuelle, mais bien aux conditions qui règnent en milieu de travail et au fait que les employeurs, dont c’est une responsabilité fondamentale, n’assurent pas la santé et la sécurité des travailleuses et travailleurs. »
La réalité des travailleuses et travailleurs est urgente. En fait, près de la moitié des travailleuses et travailleurs disent que leur travail est l’élément le plus stressant de leur journée. Pendant la seule année 2023, plus de 8 500 demandes d’indemnisation pour blessures mentales ont été approuvées par les commissions des accidents du travail. Et nous savons que le nombre réel des cas est beaucoup plus élevé, car de nombreux cas ne sont pas signalés.
Les secteurs les plus affectés sont ceux des soins de santé, de l’éducation, des services publics et des métiers spécialisés. Les personnes travaillant dans ces secteurs subissent des pressions croissantes en raison de l’insuffisance de la dotation en personnel, des charges de travail lourdes et de l’exposition à la violence et au harcèlement.
« Chaque travailleur ou travailleuse du Canada a droit à la sécurité—tant psychologique que physique—au travail », ajoute madame Bruske. « Nous savons comment contrôler les risques physiques au travail. Nous devons traiter les risques psychosociaux avec le même sérieux que tout autre risque du milieu de travail; ils ne doivent pas être traités différemment de ceux que présente le travail en hauteur ou l’exposition à des substances toxiques. Chaque lieu de travail devrait être doté d’un plan d’identification des risques, de prévention des préjudices et de protection de la santé et de la sécurité psychologiques des travailleuses et travailleurs. »
La santé et la sécurité psychologiques sont déjà reconnues dans la législation des différentes parties du Canada, et celui-ci a ratifié la Convention no 190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement au travail. Les syndicats du Canada demandent aux gouvernements de tous les ordres de traiter la santé psychologique avec le même degré d’urgence que la santé physique dans les régimes de santé et de sécurité au travail et d’indemnisation pour accident du travail, de mettre en œuvre une approche nationale pour prévenir les risques psychosociaux qui serait fondée sur la norme CSA Z1003, d’exiger des évaluations proactives des risques et des plans de prévention et d’assurer une forte mise en application de la loi grâce à des inspections.
« On demande aux travailleuses et travailleurs d’en assumer de plus en plus alors que les soutiens n’augmentent pas au même rythme », affirme madame Bruske. « Le travail ne devrait pas rendre les gens malades. Personne ne devrait sacrifier sa santé mentale pour gagner sa vie. Les employeurs ont pour responsabilité d’assurer la sécurité, de corps et d’esprit, au travail. »