La grève des mineurs d’amiante au québec commence

4 janvier 2019

À minuit, le 14 février 1949, les travailleurs de quatre mines d’amiante du Québec débraient et engagent ainsi un important virage politique et culturel non seulement dans cette province mais aussi dans l’ensemble du Canada. Comme Pierre Trudeau l’écrira plus tard, « le drame d’Asbestos annonçait violemment l’avènement de temps nouveaux.

« Ce que j’ai trouvé [à Asbestos]… c’est un Québec que je ne connaissais pas, soit celui de travailleurs exploités par la direction, dénoncés par le gouvernement, matraqués par la police et pourtant brûlant d’un fervent militantisme. J’ai plus tard décrit la grève… comme un ‘tournant de l’histoire religieuse, politique, sociale et économique de la province de Québec’. »

P.E. Trudeau, Approaches to Politics, 2010

La conservatrice Union Nationale est le parti qui forme le gouvernement du Québec. Le Premier ministre, Maurice Duplessis, porte le surnom « le chef » et gouverne la province de main ferme. Ses partisans bénéficient du patronage alors que ses opposants se voient punis. Ses années au pouvoir sont qualifiées de Grande noirceur. Il se fait le champion du Québec rural en collaborant avec l’Église catholique pour protéger la population contre le mal du communisme et des syndicats militants qui risquent de compromettre les investissements industriels des États-Unis.

En 1937, le gouvernement Duplessis adopte la Loi protégeant la province contre la propagande communiste, également appelée Loi du cadenas, qui rend illégal d’utiliser une maison pour propager le communisme ou le bolchévisme. Toute infraction à cette loi permet au procureur général d’ordonner la fermeture de la maison pour une période maximale d’un an. Toute personne reconnue coupable d’avoir participé à des activités interdites est passible d’un emprisonnement de treize mois (Cette loi sera abrogée par la Cour suprême du Canada en 1957.) Les mineurs en grève doivent donc affronter non seulement leurs employeurs mais aussi le gouvernement de droite de M. Duplessis.

Les mineurs veulent un salaire d’un dollar l’heure, la sécurité syndicale, une pension et des mesures propres à enrayer la propagation de l’infection pulmonaire appelée silicose qui est causée par l’exposition à l’amiante. Ils n’attendent pas longtemps avant que le Premier ministre réponde à leurs revendications. Le 23 février, leur grève est déclarée illégale et M. Duplessis envoie un bataillon de la police provinciale à la petite ville d’Asbestos. Pendant plus de deux mois, le calme est maintenu dans la communauté où il règne presque une atmosphère de vacances, les gens faisant des promenades et de la musique pour divertir les travailleurs et leurs familles. Mais tout cela ne tarde pas à changer.

Le Québec fournit 85 % de l’amiante du monde, et la société étatsunienne Johns Manville commence à engager des travailleurs de remplacement. La police aide ceux-ci en intimidant et menaçant les mineurs, en démantelant leurs piquets de grève et même en cadenassant une église pour empêcher les mineurs de s’y réunir. Les grévistes ripostent en érigeant des barrages routiers pour empêcher les briseurs de grève d’entrer en ville. Le 14 mars, une explosion survient sur la voie ferrée menant à l’usine. Quelques jours plus tard, un dirigeant de la compagnie se fait passer à tabac par les travailleurs.

M. Duplessis traite les grévistes de saboteurs et d’agents subversifs. Sur la ligne de piquetage, la police attaque les grévistes au gaz lacrymogène et tire des coups de semonce. Les grévistes ripostent en traînant des policiers hors de leur voiture et en les rouant de coups. Le 6 mai, un corps de police provinciale fortement armé entre dans la ville, arrête plusieurs hommes et les frappe. Toutefois, un photographe de la revue Time est témoin des événements. La grève fait les manchettes mondiales et la brutalité de la police devient le principal enjeu de la grève. Le journaliste Gérard Pelletier appelle les policiers « les troupes d’élite d’Hitler ».

La culture qui a permis à l’Union Nationale de gouverner d’une main de fer commence à perdre de son emprise. De jeunes intellectuels tels que Pierre Trudeau, futur Premier ministre du Canada, viennent de Montréal pour appuyer les mineurs. La centrale syndicale traditionnellement conservatrice appelée Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), créée par l’église pour éloigner les travailleurs des syndicats communistes et radicaux, riposte elle-même aux employeurs et au gouvernement. Les travailleurs et les travailleuses acclament les propos du chef syndical militant Jean Marchand. Même l’Église catholique traditionnellement conservatrice prend parti en faveur des grévistes et apporte son soutien aux familles des mineurs.

La grève se termine le 1er juillet grâce à la médiation de l’archevêque Roy. Puisque le Québec entreprend sa « Résolution tranquille », la cause des travailleurs devra attendre. Bon nombre des grévistes ne sont pas réengagés et ceux qui le sont continuent à travailler dans un des milieux les plus dangereux du monde. Messieurs Trudeau, Marchand et Pelletier marquent grandement par la suite l’évolution politique du Québec et du Canada. Quant à l’amiante, les luttes de 1949 pour la santé et la sécurité se poursuivent puisque le Canada a mis jusqu’à cette année pour interdire l’utilisation, la vente, l’importation et l’exportation de l’amiante et des produits contenant cette substance dangereuse.

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