Emplois, économie et environnement

La négociation collective est bonne pour tous

23 décembre 2019

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans le Globe and Mail.*

Aux Fêtes, il n’y a pas que les cadeaux et la bonne chère. De nombreux travailleurs et travailleuses se retrouvent obligés de piqueter vers la période des Fêtes.

Ces jours-ci, on voit partout des enseignantes et enseignants et des membres du personnel des transports en commun, des chemins de fer et des raffineries qui participent à des conflits de travail à mesure que les conventions collectives expirent et que les négociations de fin d’année achoppent.

Cela peut être frustrant pour les personnes affectées et cela peut même sembler injuste que des travailleuses et travailleurs défavorisent le public afin de tenter d’obtenir de meilleures conditions de travail et des salaires plus élevés.

Mais ne vous y trompez pas : la négociation collective est un droit fondamental qui aide à voir à ce que les travailleuses et les travailleurs obtiennent leur juste part. C’est d’autant plus vrai quand on voit certains gouvernements, actionnaires et PDG s’acharner à presser le citron aux travailleurs et travailleuses afin d’améliorer leurs résultats financiers. « Les employés privés du droit de poursuivre collectivement des objectifs relatifs aux conditions de travail pourraient se retrouver essentiellement impuissants dans leurs échanges avec leur employeur ou pour influencer leurs conditions d’emploi », selon un jugement de 2015 de la Cour suprême du Canada confirmant le droit des agents de la GRC de se syndiquer.

Il n’est pas étonnant que certains employeurs, groupes d’action du secteur privé et leaders d’opinion insistent pour que soient adoptées des lois ordonnant le retour au travail dès qu’un groupe de travailleurs ou travailleuses montre sa force collective. Or, les arrêts de travail sont rares et que presque toutes les conventions collectives sont conclues ou renouvelées sans grève ni lock-out.

En fait, les grèves et les lock-out sont moins fréquents qu’ils ne l’ont été par le passé. Les journées de travail perdues en raison d’arrêts de travail dans le secteur public fédéral, comme les quelques jours de grève récents du personnel ferroviaire du CN, sont beaucoup moins nombreuses que les sommets atteints plus tôt au cours de cette décennie. Par exemple, en 2019, la moyenne nationale des arrêts de travail a été de 13 par mois. C’est beaucoup moins que les moyennes de 2017 et 2018.

La négociation collective fonctionne exactement comme prévu. Les travailleurs et travailleuses se servent de leur force collective pour influencer leurs conditions d’emploi. Les efforts qu’ils font pour se défendre ont souvent pour effet d’entraînement d’améliorer les conditions des personnes non syndiquées travaillant dans des secteurs connexes et des personnes qu’ils servent. Quand le personnel enseignant s’oppose à l’augmentation de la taille des classes et quand les mécaniciens de locomotive insistent pour améliorer la sécurité, le public aussi en bénéficie directement.

Le bas taux de chômage contribue à redonner confiance aux travailleurs et travailleuses. Certains des plus découragés et ceux qui doivent surmonter des obstacles à l‘emploi ont réussi à trouver du travail. Le nombre des personnes sous-employées, comme celles qui travaillent à temps partiel mais qui préféreraient travailler à plein temps, a diminué.

Il était plus que temps. Pendant une décennie, les personnes nouvellement diplômées se sont lancées sur un marché du travail ne leur offrant que peu de possibilités d’emploi. Les femmes et les nouveaux venus au Canada ont dû faire face à une pénurie d’emplois décents. Bien que le taux de chômage demeure beaucoup trop élevé dans les provinces productrices de pétrole et la région de l’Atlantique (en Alberta, il est d’un sidérant 20 % pour les hommes de moins de 25 ans), des progrès sont réalisés ailleurs. En Ontario, au Québec et en C-B, l’amélioration du marché du travail a enfin permis une légère augmentation des salaires. Depuis le milieu de l’année, la croissance des salaires a commencé à s’améliorer, se situant à 4 % en moyenne.

Au cours des dix dernières années de croissance économique lente, de taux de chômage élevés et de faibles augmentations salariales, les travailleurs et travailleuses du Canada n’ont en général guère vu augmenter leurs salaires, compte tenu de l’inflation. C’est partiellement à cela que tient le fait que la dette en tant que part du revenu disponible des ménages a doublé depuis 25 ans. De plus, la baisse du taux de syndicalisation se traduit souvent par une diminution de la rémunération et des avantages sociaux et l’absence de recours pour améliorer la situation. Ces faits, combinés à l’expansion de l’économie à la tâche et à l’augmentation du nombre des entreprises qui externalisent le travail, sont tels qu’il est d’autant plus difficile de se syndiquer, comme nous le constatons dans des entreprises comme IBM et Amazon.

Entre-temps, les principaux PDG du Canada ont gagné près de 200 plus que la travailleuse ou le travailleur moyen en 2017. En 2018, les bénéfices d’exploitation trimestriels ont été plus élevés qu’ils ne l’avaient été depuis avant la récession. Les travailleuses et les travailleurs ont passé la « relance » à simplement lutter pour ne pas perdre du terrain.

Il n’y a pas que les syndicats qui accueillent le renforcement du marché du travail et les augmentations salariales acceptables. La Banque du Canada croit elle aussi que c’est une bonne idée. Parce que l’inflation demeure bien maîtrisée, elle a hésité à hausser les taux d’intérêt. C’est une bonne stratégie puisque cela aide à réduire l’inégalité et accroît la capacité des ménages de payer leurs dettes et leurs frais de logement et d’alimentation.

Nous devons tous reconnaître que même lorsque des arrêts de travail se produisent, ils ne sont que l’illustration de l’efficacité de la négociation collective. Malgré les grèves du zèle et les débrayages occasionnels, c’est très bien ainsi car cela permet de voir à ce que les travailleuses et les travailleurs aient encore leur mot à dire, comme il se doit.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

*Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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