La COVID-19 révèle d’énormes lacunes dans le filet de sécurité sociale du Canada

9 avril 2020

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans le Globe and Mail.*

Dans tout le pays, des Canadiennes et des Canadiens se mobilisent même si l’on a l’impression que notre monde chavire.

Nous voyons peut-être mieux que jamais l’importance critique du soutien et du renforcement de l’ensemble de la société par nos gouvernements, qui nécessitent de voir à ce que tous les travailleurs et les travailleuses et les personnes les plus vulnérables soient traités équitablement et que leur travail soit dûment rémunéré.

La crise actuelle a illustré le fait que certains des emplois auxquels on accorde le moins de valeur et de respect comptent parmi les plus vitaux, comme les emplois de nettoyage, de prestation de soins à domicile, de commis d’épicerie et de service et ceux qui tiennent aller nos chaînes d’approvisionnement, entre de très nombreux autres. Bon nombre des personnes occupant ces emplois gagnent le salaire minimum ou à peine plus, ont peu sinon pas du tout d’avantages sociaux et s’inquiètent souvent de la précarité de leur emploi et de l’absence de filet de sécurité au cas où elles tomberaient en chômage.

Ce sont ces travailleuses et travailleurs vulnérables qui continuent à fournir des services essentiels au risque d’attraper la COVID-19. La semaine dernière, Keith Saunders, qui travaillait dans une épicerie, est mort d’une infection à cette maladie. « Il avait le cœur sur la main. Il était extrêmement dévoué à l’égard de son emploi et de ses collègues. Mais il n’était jamais trop occupé pour apporter son aide à quiconque en avait besoin », a écrit sa femme Katy sur les médias sociaux.

Nous sommes extrêmement redevables à Keith et à sa famille ainsi qu’à toutes les personnes qui se vouent à remplir leurs fonctions en temps de grande inquiétude et incertitude.

À mesure que nous préparons la reprise, nous devons penser à voir à ce que tous les travailleurs et les travailleuses aient des salaires décents, des avantages sociaux de base et des congés de maladie payés et puissent poser des congés raisonnables pour prendre soin d’êtres chers en cas d’urgence médicale ou personnelle.

De plus, la pandémie a illustré que, dans notre pays, un nombre beaucoup trop grand de personnes a du mal à joindre les deux bouts depuis des décennies parce que les salaires n’ont pas augmenté au même rythme que le coût de la vie et que les soutiens sociaux font cruellement défaut.

Nous savons que plus d’un million de personnes ont perdu leur emploi en mars, mais même ce nombre constitue une sous-estimation de la dégradation du marché du travail. La continuation de l’augmentation des demandes d’AE indique qu’il est presque sûr que le chômage a continué à croître pendant la dernière semaine de mars, à mesure que d’autres entreprises fermaient et que les gouvernements prenaient des mesures plus poussées pour prévenir les nouvelles infections.

Notre Régime d’assurance-emploi a subi des compressions des prestations et une restriction de l’accès en dépit des avertissements pressants des syndicats et des personnes qui militent en faveur des droits des travailleurs et travailleuses. Il s’ensuit que notre régime d’AE n’était pas prêt à affronter un ralentissement de l’activité économique.

La pandémie a présenté sous un jour qui n’a rien de flatteur le fait que les mesures d’austérité ont réduit les investissements dans le soutien des individus et des familles qui auraient aidé à amortir le coup dur que de nombreuses personnes encaissent actuellement au Canada.

Le gouvernement par l’austérité n’a jamais profité qu’aux personnes les plus riches. En temps de crise, les entreprises ne peuvent pas bien venir en aide aux personnes qui ont du mal à joindre les deux bouts – c’est aux gouvernements que cela incombe.

Les gouvernements de tout le pays se sont empressés de répondre à la crise en investissant dans les programmes sociaux et l’aide financière. Quand la pandémie de COVID-19 sera terminée, les programmes sociaux doivent demeurer en place car les iniquités qui existaient avant la crise ne disparaîtront pas toutes seules.

Nous apprécions tous notre système de santé public à sa juste valeur, malgré les difficultés évidentes qu’il éprouve, quand nous voyons la zizanie semée par le système de santé insuffisant et inéquitable des États-Unis. Par contraste, le Canada doit maintenir et accroître ses augmentations actuelles des dépenses relatives aux soins de santé.

Pour ce qui est de la crise économique actuelle, le plan d’intervention fédéral en faveur des entreprises en difficulté n’a rien d’étonnant. Toutefois, il est indispensable que toute aide gouvernementale à l’industrie s’assortisse de conditions. Nous devons trouver des moyens de voir à ce que les entreprises qui acceptent des subventions, y compris la subvention salariale de 75 % annoncée dernièrement, maintiennent leurs effectifs.

Nous avons vu suffisamment de cas par le passé où des entreprises ont accepté des fonds publics destinés à assurer leur viabilité et ont ensuite décidé subitement de mettre la clé sous la porte, laissant leur personnel en plan. Le fait de maintenir l’engagement du personnel envers son employeur aidera à un rétablissement efficace une fois que la crise de santé publique sera terminée.

Même si nous vivrons des temps encore plus incertains au cours des prochains jours, semaines et mois, les syndicats du Canada continueront à militer en faveur de la protection et de la dignité de tous les travailleurs et les travailleuses.

Si pénible que soit la situation, elle nous donne une bonne occasion de réaliser de véritables progrès sociaux. Profitons-en.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

*Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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