La classe travailleuse du Québec fait front commun avec les syndicats pour revendiquer l’équité.

Le 11 avril 1972, plus de 200 000 personnes travaillant dans le secteur public débrayent dans le cadre d’une grève provinciale afin d’exiger une augmentation salariale de 8 % permettant de rattraper l’inflation, un salaire minimum de 100 $ par semaine, plus de sécurité d’emploi, de meilleures conditions de travail, et un salaire égal à travail égal, quels que soient la région, le secteur ou le sexe.

Les syndicats ont pour raison d’aider les travailleurs et les travailleuses à s’unir pour obtenir de meilleures conditions pour leurs familles et leurs communautés. Les travailleurs et les travailleuses savent que c’est en s’unissant – les uns avec les autres au sein de leur section locale syndicale et avec les autres sections locales de leur syndicat – qu’il pourront gagner l’équité. Ils doivent aussi s’unir aux membres d’autres syndicats en solidarité. Cela exige souvent de respecter et de se joindre à des piquets de grève, à des boycottages et à d’autres actions destinées à faire pression sur les employeurs. Parfois, cela exige de se joindre à la grève.

Le Front commun remonte à la grève de La Presse déclenchée en 1971. En réponse aux mesures draconiennes anti-travailleurs prises par le gouvernement du Québec et Paul Desmarais, nouveau propriétaire du journal La Presse, les membres de plusieurs syndicats s’unissent en solidarité aux grévistes de La Presse. Une marche de 12 000 personnes manifestant leur appui aux grévistes est brutalement réprimée par la police, ce qui déclenche des émeutes au cours desquelles de nombreuses personnes sont blessées et la militante étudiante Michèle Gauthier meurt. L’expérience de la répression antiémeute noue des liens entre des syndicats normalement rivaux et divisés.

Le Front commun de 1972 est une alliance entre la Confédération des syndicats nationaux, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et la Centrale de l’enseignement du Québec ainsi que plusieurs organisations syndicales plus petites qui vise à présenter un ensemble de revendications communes au cours des négociations avec le gouvernement provincial. Il représente 210 000 des 250 000 travailleurs et travailleuses du secteur public (84 %) et exige une augmentation salariale de 8 %, la sécurité d’emploi, plus d’influence sur les conditions de travail pour améliorer la prestation des services et un salaire minimum de 100 $ par semaine, quels que soient la race, le sexe, la région ou le secteur d’emploi. Puisque le gouvernement refuse d’accéder à ces revendications, le Front commun déclenche une grève. Le 11 avril 1972, 210 000 personnes débrayent.

Le gouvernement de Robert Bourassa a profité de la vague de changement qui déferlait sur la société québécoise pour prendre le pouvoir au cours des élections de 1970. Devant la tourmente économique et la nouvelle menace politique que fait peser le Parti Québécois nationaliste, les libéraux de M. Bourassa (et l’establishment politique qu’ils représentent) craignent de se faire supplanter. La vague est sur le point de casser.

La province s’acharne contre son personnel hospitalier, obtenant 61 injonctions dont les travailleurs et les travailleuses font fi. La réponse est dure : 13 personnes à bas salaire se voient condamnées à 6 mois de prison et à une amende de 5 000 $ (environ une année de rémunération) chacune et leur syndicat se voit imposer une amende de 70 600 $. Au total, 103 travailleurs et travailleuses se voient imposer un total de 24 années d’emprisonnement et un demi-million de dollars d’amendes en quelques jours.

Le 21 avril, le gouvernement provincial adopte la loi 19. Cette nouvelle loi oblige les travailleurs et travailleuses syndiqués à rentrer au travail et interdit l’exercice de tous les droits syndicaux fondamentaux pour deux ans. Quand les dirigeants du Front commun – Louis Laberge, Marcel Pépin et Yvon Charbonneau – incitent les grévistes à défier la loi, ils se font arrêter et condamner chacun à une année d’emprisonnement.

« C’est ça la justice du système », déclare le confrère Laberge, « alors que les grandes entreprises se voient imposer des amendes de 75 $ ou 500 $ pour avoir pollué nos cours d’eau, tué des gens ou violé la loi, nous – les criminels – devons aller en prison pour avoir exercé un droit – le droit de faire la grève. »

La profonde injustice de l’emprisonnement des trois hommes déclenche l’indignation populaire dans toute la classe travailleuse du Québec. Au cours du mois de mai, différents groupes des secteurs public et privé de la province se mettent en grève - travailleurs de la construction et de la métallurgie, mineurs, machinistes, travailleurs de l’automobile et du textile, vendeurs, imprimeurs, personnel des grands médias d’information, enseignants et certains membres du personnel hospitalier.

Dans des villes comme Sept-Îles, Thedford, Sorel et Joliette, la grève est profonde, les gens disant que les grévistes « occupent » et « contrôlent » les lieux de travail. Les stations de radio et de télévision sont occupées par des membres de syndicats qui diffusent leurs propres messages.

L’envergure massive de la révolte populaire oblige le gouvernement à faire marche arrière. Les chefs syndicaux sont relâchés après quatre mois de prison et bon nombre des revendications du Front commun sont satisfaites au cours de négociations. Les employeurs de tout le Québec ont bien entendu le message de leurs employés et ils modéreront leurs revendications pour bien des années. La solidarité de la classe travailleuse du Québec durera une génération, et c’est une des raisons pour lesquelles le taux de syndicalisation de cette province demeure parmi les plus élevés du pays.