Il est temps que les soins de santé à financement public comprennent les services aux aînés

4 juin 2020

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans National Newsatch.*

Les images, les histoires et les expériences de nos aînés dont nous avons pris connaissance au cours de la pandémie sont propres à faire pleurer un homme adulte.

En fait, c’est bien ce qui s’est passé.

Même Doug Ford, Premier ministre de l’Ontario, s’est montré ému en parlant des conditions qui existent dans les établissements de soins de longue durée de sa province. Et la situation est grave dans l’ensemble du pays.

Personne ne doute de la sincérité de tous les hommes et femmes politiques qui expriment leur frustration et leur sentiment d’impuissance devant le fléau que la pandémie a fait sévir dans ces établissements. Cependant, nous devons nous demander pourquoi il aura fallu la crise mondiale, des centaines de décès et l’intervention des Forces armées pour que le constat soit enfin fait que notre système est défectueux.

C’est ce que les syndicats et les militantes et militants indiquent depuis des décennies. Le système de soins de longue durée n’aurait jamais dû devenir le fatras privé-public qu’il est aujourd’hui. Ce système a permis à des organismes à but lucratif, certains desquels sont dirigés par des personnes politiques comme Mike Harris, qui a confié au secteur privé plus de 68 % des 20 000 nouvelles places créées depuis qu’il est au pouvoir, de prendre en main une grande partie de ces soins. Ironiquement, M. Harris est l’actuel président du conseil d’administration de Chartwell, entreprise privée qui tient de nombreux foyers de soins de longue durée.

Il y a un peu plus d’un an, la présidente de SEIU Healthcare s’est jointe à d’autres syndicalistes et activistes rassemblés à Queen’s Park pour exiger un meilleur traitement et des salaires plus élevés pour les personnes travaillant dans les établissements en question, qui reçoivent des centaines de millions de dollars du gouvernement. Soit dit en passant, les PDG de ces établissements ont, par le passé, reçu plus de 9,2 millions de dollars de fonds publics sans que jette un coup d’œil à la situation le Premier ministre qui est actuellement bouleversé par les événements.

La croissance expansive de l’industrie privée des soins de longue durée a donné lieu à une dévaluation supplémentaire du travail de prestation de soins et fait baisser les salaires afin d’accroître les profits des entreprises et les dividendes de leurs actionnaires. 

Ce à quoi nous assistons ne se produit pas par hasard. Les horribles conditions que le personnel de première ligne décrit sont nées malgré les avertissements donnés depuis de nombreuses années.

Les établissements sont dirigés par des gestionnaires et des propriétaires qui font passer les résultats financiers avant le bien-être de certains des membres les plus vulnérables de notre société. Il s’ensuit que les salaires sont très bas, que le personnel doit effectuer des quarts de travail dans différents établissements et qu’il est rémunéré à l’égard d’un nombre d’heures juste inférieur au temps plein afin que les propriétaires n’aient pas à payer des avantages sociaux, négligeant ainsi de prendre soin du personnel qui prend soin de leurs clientes et clients.

« Les services privés à but lucratif sont nécessairement plus morcelés, plus susceptibles de fermer et axés sur le profit. Les recherches indiquent que les foyers à but lucratif ont tendance à avoir des niveaux de dotation plus bas, à comporter plus de plaintes fondées et plus de transferts à l’hôpital et à avoir des taux plus élevés de plaies et de morbidité », indiquent Pat Armstrong, Hugh Armstrong, Jacqueline Choiniere, Ruth Lowndes et James Struthers dans un récent rapport de recherche intitulé Re-imagining Long-term Residential Care in the COVID-19 Crisis (réimaginer les soins de longue durée en établissement au cours de la crise de la COVID-19).

Il est temps de réparer ce qui est brisé. Le seul moyen d’y arriver consiste à prendre sur-le-champ des mesures intégrant les établissements de soins de longue durée privés à but lucratif au système de santé public et de les assujettir ainsi aux principes de la Loi canadienne sur la santé.

En fait, c’est la soustraction à cette loi qui a permis la prolifération de fournisseurs privés de soins dans notre pays. Nous avons demandé à maintes reprises aux gouvernements fédéral et provinciaux de cesser de réduire le financement et d’améliorer le système de santé afin que tous les membres de la population canadienne puissent accéder à des services de santé en fonction de leurs besoins plutôt que de leur capacité de payer. 

Que vous vous préoccupiez d’un proche ou que vous soyez ou connaissiez un membre du précieux personnel qui fournit des soins aux aînés du Canada, vous conviendrez que c’est la solution dont nous avons besoin.

D’ailleurs, nous vieillissons tous. Nous risquons de nous retrouver un jour à regarder de l’autre côté de la fenêtre un système qui nous a laissé tomber.

À moins d’agir dès maintenant.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

*Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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