Un appel à l’action collective

26 mai 2020

Par Hassan Yussuff, tel que publié dans National Newswatch.*

Nous vivons une pandémie mondiale. Le gouvernement fédéral adopte de nouveaux programmes presque tous les jours pour aider les millions de Canadiens et Canadiennes qui ont été affectés par la crise. Le personnel de la fonction publique accomplit un travail extraordinaire pour voir à ce que l’aide soit apportée aux personnes qui en ont besoin.

Entre-temps, des appels à l’austérité ont déjà commencé à être lancés haut et fort et à toute allure, avant tout par des conservateurs de droite tels que l’ancien Premier ministre Stephen Harper. Alors même que nous voyons notre personnel de la santé éprouver des difficultés à obtenir des effectifs et des fournitures par suite de décennies de compressions des dépenses de santé dans l’ensemble du pays.

Les pages d’articles d’opinion sont bondées d’indications des raisons pour lesquelles les dépenses de programme doivent être réduites dès maintenant – alors que nous ne savons pas du tout quand la relance commencera. On prétend même que les fonctionnaires qui ont accompli un travail sans précédent pour traiter des millions de demandes à un rythme incroyable devraient être punis parce qu’ils ont une sécurité d’emploi.

Le personnel de la fonction publique joue un rôle fondamental dans notre démocratie, éclairant nos représentantes et représentants élus et leur permettant de prendre des décisions fondées sur des preuves – ce qui est judicieux, malgré ce que certaines personnes en disent. Notre fonction publique regorge d’experts en la matière sur lesquels nos représentantes et représentants élus comptent pour établir les meilleurs programmes et politiques possibles. Nous devrions être heureux que nos dirigeants suivent leurs conseils, plutôt que d’en faire fi comme c’est le cas chez nos voisins du sud.

Il est ridicule de juger les fonds consacrés aux salaires des fonctionnaires sans tenir compte du travail que ceux-ci accomplissent au quotidien pour tenir aller notre pays. On ne saurait invoquer un programme de productivité sans reconnaître les personnes qui accomplissent le travail.

Il est tout aussi ridicule que le chef de l’opposition répète le message faux que d’innombrables demandes de PCU frauduleuses sont présentées chaque jour. Une minorité qui se fait entendre soutient qu’une prestation de 2 000 $ par mois créera une population qui ne veut pas travailler, mais elle ne consacre ni temps, ni effort à examiner les conditions dans lesquelles nous demandons aux gens de travailler.

Aucune personne vivant de prestations gouvernementales ne devrait être traitée comme un criminel – surtout vu l’incertitude qui règne dans le monde entier et le besoin de faire face à un avenir différent. Les vrais criminels sont les personnes qui engrangent des richesses au détriment des travailleurs et travailleuses.  

Le monde est sur le point de couronner son premier trillionaire. Un homme qui pourrait, à lui seul, régler le problème de la faim dans le monde. Ce même homme a accordé à son personnel une augmentation salariale de 2 $ l’heure en ces temps sans précédent et il la récupère déjà même s’il y a encore des éclosions dans ses entrepôts et que le personnel exige des conditions plus sécuritaires. Au Canada, nous voyons des employeurs tels que Loblaws accorder des augmentations de 15 % – 2 $ l’heure pour les membres du personnel travaillant au salaire minimum – alors que l’entreprise prévoit que ses profits trimestriels auront augmenté de 751 millions de dollars à la faveur de la pandémie.

Les salaires et les avantages sociaux des fonctionnaires ne posent pas de problème : ils illustrent ce qui est possible. Chaque travailleuse ou travailleur canadien mérite la sécurité d’un bon emploi comportant un salaire suffisant pour vivre, des avantages sociaux et des congés de maladie payés. L’accès aux congés de maladie payés donnerait aux travailleurs et travailleuses la marge de manœuvre dont ils ont besoin pour ne pas avoir à choisir entre leur emploi et leur santé, ce qui veut dire que moins de personnes se sentiraient obligées d’aller travailler même si elles sont malades – un facteur clé du ralentissement de la propagation de maladies comme la COVID-19.

Il a fallu un effort collectif pour que nous puissions commencer à envisager une relance. Les membres de la population canadienne se sont empressés de se protéger les uns les autres.

Notre société vise à élever tous ses membres, et ce n’est pas le moment de commencer à rabaisser certains d’entre eux. Au cours de la planification de la relance, nous ne pouvons pas rétablir l’individualisme insouciant qui a donné lieu à l’augmentation de l’inégalité à laquelle nous assistons dans le monde entier. C’est l’action collective qui a permis d’aplanir la courbe de la pandémie, et c’est elle qui nous permettra d’aller de l’avant.

Ce que nous avons vu de plus important depuis neuf semaines, c’est que le Canada a la capacité d’agir rapidement pour protéger les membres les plus vulnérables de sa population. Il sait trouver les fonds nécessaires quand nous en avons besoin pourvu qu’il en ait la volonté politique.

Il est temps de reléguer aux oubliettes la mentalité « chacun pour soi » de la droite. Nous ne pouvons plus nous permettre de nous opposer les uns aux autres.

Hassan Yussuff est le président du Congrès du travail du Canada. Suivez-le sur Twitter @Hassan_Yussuff

*Certains des liens ne sont disponibles qu’en anglais.

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