Le projet de loi C-39 pourrait créer davantage de conflits de travail, préviennent les leaders syndicaux
OTTAWA — Le projet de loi C-39 pourrait rendre les conflits de travail plus longs et plus difficiles à résoudre, les leaders syndicaux ont prévenu les députés jeudi, fragilisant la stabilité que la loi vise à protéger selon le gouvernement fédéral.
Avant la tenue du vote de jeudi en deuxième lecture, la présidente du Congrès du travail du Canada, Bea Bruske, s’est jointe à Candace Rennick, secrétaire-trésorière nationale du Syndicat canadien de la fonction publique, Tom Doran, président du Syndicat international du débardage et des entrepôts Canada, et Marc-Édouard Joubert, vice-président exécutif du CTC, pour exhorter les députés fédéraux à lever les restrictions proposées au droit de grève contenues dans le projet de loi.
« Les employeurs demandent à Ottawa un plus grand pouvoir pour mettre fin aux grèves, et le projet de loi C-39 le leur donne », a indiqué Mme Bruske. « Cela change la façon d’opérer à la table de négociation. Les employeurs auront une raison de demander l’intervention du gouvernement au lieu de conclure une entente. Il en résultera de plus grandes tensions, parce que ce gouvernement a choisi de faire pencher la balance du côté des employeurs. »
La grande majorité des différends dans le secteur fédéral sont déjà résolus sans arrêt de travail. Les syndicats du Canada affirment que le risque d’une grève est l’une des raisons pour lesquelles le système fonctionne : les deux parties savent qu’il y a des conséquences si elles ne parviennent pas à une entente.
Madame Bruske a fait référence à l’Association internationale des débardeurs, dont les membres canadiens ont passé près de 50 ans sans arrêt de travail, preuve qu’une négociation collective solide peut assurer la stabilité que le gouvernement prétend rechercher.
« Depuis près de 50 ans, ces travailleurs et leurs employeurs concluent des ententes sans conflit de travail », a déclaré Mme Bruske. « Ce bilan a survécu à des négociations difficiles, à des changements de gouvernements et à d’énormes changements dans l’industrie. L’ironie est qu’on tente de nous convaincre que cette loi sera un moyen de garantir la stabilité; or, elle pourrait être précisément ce qui y met fin. »
La secrétaire-trésorière nationale du Syndicat canadien de la fonction publique, Candace Rennick, a déclaré que le fait de retirer du pouvoir aux travailleuses et travailleurs ne mènera pas à la paix sociale.
« Les gouvernements ne peuvent légiférer la paix sociale en privant les travailleuses et travailleurs du pouvoir de lutter pour une entente équitable. Alors que les députés étudient le projet de loi C-39 en deuxième lecture, notre message est clair : supprimez les nouvelles restrictions au droit de grève et faites en sorte que les employeurs négocient équitablement. Abolir notre droit de grève protégé par la Constitution ne nous empêchera pas d’utiliser toute la force de notre syndicat pour défendre nos membres », a déclaré Mme Rennick.
Tom Doran, président du Syndicat international du débardage et des entrepôts Canada, a prévenu que les conséquences s’étendront au-delà des conflits de travail individuels, car les travailleurs négocient l’automatisation, l’impartition et l’avenir de leur emploi.
« Les membres du SIDE font avancer et croître l’économie canadienne. Nos membres pourraient également être parmi les premiers à faire face à ces nouvelles restrictions, et les conséquences s’étendront bien au-delà des rives », a déclaré M. Doran. « On ne peut pas bâtir un Canada plus fort en bafouant les droits des travailleurs, en facilitant la suppression de bons emplois syndicaux et en rendant plus difficile pour les travailleurs de défendre leurs propres droits. Les travailleurs ont le droit fondamental de négocier leur avenir et de priver l’employeur de leur travail pour défendre ce droit. »
Depuis que le projet de loi C-39 a été présenté, les syndicats de partout au Canada se sont unis dans une forte opposition aux restrictions proposées au droit de grève, mobilisant leurs membres, rencontrant directement les députés et s’exprimant publiquement contre le projet de loi.
Le Congrès du travail du Canada demande au Parlement de supprimer les nouvelles restrictions proposées dans le projet de loi C-39 et d’abroger l’article 107 du Code canadien du travail.
« Si le gouvernement va de l’avant avec les modifications qui encouragent les employeurs à attendre et à rendre les différends plus difficiles à régler, il ne peut affirmer avec crédibilité que ces changements portent sur la stabilité et la certitude », a déclaré Mme Bruske. « C’est un choix de donner aux employeurs un plus grand pouvoir à la table de négociation. »
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