Le mouvement syndical canadien améliore depuis longtemps la vie courante des travailleurs et travailleuses.  Nous avons gagné, aux prix de hautes luttes, bon nombre des droits dont jouissent actuellement tous les travailleurs et les travailleuses : les salaires minimums, la rémunération des heures supplémentaires, les normes de sécurité au travail, les congés parentaux et de maternité, les vacances payées et la protection contre la discrimination et le harcèlement.

Les syndicats travaillent dur chaque jour pour défendre les droits qu’ils ont obtenus de haute lutte et gagner de nouveaux droits pour tous les travailleurs et les travailleuses.  Nos syndicats sont des syndicats sociaux qui mettent l’accent non seulement sur les gains qu’ils peuvent tirer de la négociation collective mais aussi sur les victoires qu’ils peuvent remporter dans l’intérêt de l’ensemble de la société, par exemple en luttant pour mettre fin au travail des enfants ou pour assurer une indemnisation pour accident du travail, des pensions publiques et des programmes sociaux qui aident les gens à continuer à travailler, tels que les soins de santé et les services de garde d’enfants.      

Faits saillants

1872 : La lutte pour une semaine de travail plus courte

Imaginez ce que c’est que de travailler au moins dix heures ou plus par jour.  Tous les jours.  C’est à cela que ressemblait la vie quotidienne de bon nombre des travailleurs de l’imprimerie de Toronto en 1872 quand le syndicat des typographes de Toronto a revendiqué la journée de travail de neuf heures auprès des éditeurs de la ville.

Puisque les employeurs ont refusé de l’accorder, les imprimeurs ont débrayé le 25 mars 1872.  Les éditeurs ont engagé du personnel de remplacement, mais les grévistes ont gagné l’appui de nombreux autres travailleurs et travailleuses de Toronto.

Le résultat a été qu’une foule de 10 000 partisans s’est massée dans Queen’s Park le 15 avril 1872.  À l’époque, l’activité syndicale était criminelle et George Brown, éditeur du Toronto Globe, a fait arrêter le comité de grève pour conspiration criminelle le lendemain du rassemblement.  La collectivité a protesté pour appuyer les personnes arrêtées.

Le 18 avril 1872, le Premier ministre John A. Macdonald – qui n’était pas un ami de l’éditeur et homme politique réformiste George Brown – a fait adopter la Loi sur les syndicats ouvriers, qui légalisait et protégeait les syndicats.

La grève des imprimeurs de Toronto a donné naissance au mouvement pour la journée de neuf heures.  Elle a conduit à des célébrations annuelles de la fête du Travail qui se poursuivent de nos jours dans les différentes collectivités du Canada.

Des mouvements de travailleurs étaient nés dès les années 1850 mais c’est le besoin de raccourcir la semaine de travail qui a galvanisé les esprits et persuadé un plus grand nombre de travailleurs et travailleuses que l’adhésion à un syndicat changerait leur vie en mieux. 

1919 : La grève générale de Winnipeg

Pendant l’année 1919, les soldats rentrant au Canada après la Première Guerre mondiale y trouvaient des taux de chômage et d’inflation élevés.  Ils n’arrivaient pas à reprendre leurs emplois et les tensions sociales étaient fortes.

Les travailleurs de différents métiers voulaient des salaires équitables : comme aujourd’hui, ils ne voulaient que gagner suffisamment pour subvenir aux besoins de leur famille dans le contexte d’une économie en changement.

À 11 h le 15 mai 1919, les travailleurs débraient et défilent dans les rues de Winnipeg dans le cadre d’une des manifestations ouvrières les plus importantes qui ait eu lieu au Canada.  Les grévistes viennent du secteur public comme du secteur privé et varient des travailleuses du vêtement aux policiers.  Le 21 juin 1919, des membres de la Royale gendarmerie à cheval du Nord-ouest et des fiers-à-bras engagés foncent à cheval et ouvrent le feu sur une foule de milliers de travailleurs et travailleuses, tuant deux personnes et blessant d’innombrables autres.   

Le tristement célèbre « samedi sanglant » marque la fin de la grève.

Ce fut la grève générale la plus grande de l’histoire du Canada et elle a ouvert la voie à la réforme de la législation sur le travail. 

La naissance de l’assurance-chômage

Au cours de la crise économique de 1929 à 1939, les jeunes hommes en chômage devaient travailler pour une rémunération dérisoire dans des camps créés par le gouvernement fédéral à des endroits isolés.

Revendiquant un salaire suffisant pour vivre, les travailleurs de Vancouver ont quitté les camps, déclenchant une grève.  Après deux mois de grève, puisque personne ne répondait à leur revendication, ils se sont mis en route pour Ottawa, en train et à pied, dans le cadre de ce qu’on a appelé la marche sur Ottawa.

La marche a été stoppée par la GRC sur ordre du gouvernement fédéral.  Après des émeutes et l’arrestation de chefs syndicaux, la grève a pris fin.  Les Libéraux de Mackenzie King ont remporté les élections suivantes et adopté une loi abolissant les camps et condamnant la répression pratiquée par le gouvernement conservateur.

Cette grève et cette marche épiques ont marqué le cœur et l’esprit de la population canadienne et donné naissance à l’assurance-chômage en 1940.  Le Canada était le dernier grand pays occidental à instaurer un régime d’assurance-chômage.

Aujourd’hui, nous appelons ce régime l’assurance-emploi (AE).  Des recherches ont indiqué que l’AE a été le stabilisateur économique le plus important au cours des trois récessions les plus récentes. 

1945 : La grève chez Ford à Windsor

En 1945, Ford employait dans son complexe de Windsor 14 000 travailleurs de l’automobile, ce qui en faisait le lieu de travail le plus grand du Canada.  Les temps étaient durs.  La production du temps de guerre ralentissait, et de nombreuses entreprises, dont Ford, voulaient neutraliser certains des gains acquis par les syndicats pour les travailleurs depuis la Crise.  Les cotisations syndicales étaient encore facultatives, ce qui veut dire que la section locale 200 des Travailleurs unis de l’automobile devait accomplir la tâche presque impossible de percevoir des cotisations de 14 000 membres chaque mois.  Le syndicat devait obtenir plus de sécurité s’il voulait survivre et protéger les acquis qu’il avait gagnés pour ses membres.

Ford a annoncé la mise à pied de 1 500 travailleurs.  Les négociations ont achoppé sur la revendication par le syndicat de l’adhésion obligatoire au syndicat et de la retenue automatique des cotisations sur le salaire et de leur transfert au syndicat, ce à quoi Ford avait consenti dans une autre usine.  Les travailleurs réclamaient en outre deux semaines de congés annuels payés.

Le 12 septembre 1945, le syndicat a déclenché la grève.  Il était inexpérimenté, mais les travailleurs avaient obtenu l’appui de la collectivité et les tactiques d’affrontement de Ford ont favorisé la solidarité.

Le syndicat a réussi à résister aux efforts faits pour rompre les piquets de grève avec l’aide de 8 000 membres de la section locale 195 des TUA travaillant pour d’autres entreprises de l’industrie de l’automobile à Windsor, qui sont demeurés en grève sans indemnité de grève pour un mois.  Afin de prévenir un affrontement violent avec la police, les grévistes ont garé leurs propres voitures dans les rues entourant l’usine de manière à former un barrage qui a duré trois jours.

C’est alors que Paul Martin le père, ministre fédéral, est intervenu en personne pour tenter de relancer les négociations. Une entente de principe, fondée sur la proposition de soumettre toutes les questions de sécurité syndicale à l’arbitrage obligatoire qui avait été présentée par le syndicat avant le début de la grève, a été rejetée par les membres désormais militants de la section locale.  Les travailleurs n’ont consenti à rentrer au travail qu’une fois que M. Martin a assuré au syndicat qu’il nommerait un arbitre « sympathique ».  Cela a permis de conclure une entente. 

Le 9 décembre, après 99 jours de piquetage, les travailleurs ont voté en faveur du retour au travail.

La décision Rand – tous ceux qui bénéficient des avantages des syndicats devraient payer des cotisations

Six semaines après le retour au travail des grévistes de Ford, l’arbitre Ivan Rand, juge de la Cour suprême, a rendu sa sentence qui rejetait l’adhésion syndicale obligatoire mais approuvait le précompte automatique des cotisations.

Sa décision était fondée sur le principe selon lequel toutes les personnes qui travaillent dans un même lieu devraient cotiser au syndicat puisqu’elles bénéficient des avantages de celui-ci.  

Le juge Rand croyait que le précompte des cotisations favoriserait la paix sociale et l’instauration de relations de travail harmonieuses au Canada.

Par suite de la sentence Rand et de décisions subséquentes des tribunaux, le précompte des cotisations peut être assujetti à la convention collective à la demande du syndicat dans la plupart des provinces selon ce qu’on en est venu à appeler « la formule Rand ».

Cela permet aux syndicats de couvrir le coût de la négociation et de la mise en application de conventions collectives et celui de campagnes qui favorisent les intérêts de leurs membres.

La mise en commun des ressources que permet la formule Rand assure aux travailleurs et travailleuses le soutien dont ils ont besoin quand des griefs sont soumis à l’arbitrage et leur garantit des indemnités en cas de grève ou de lock-out.

1965 : Les fonctionnaires obtiennent le droit de négocier collectivement

Grâce aux syndicats, le personnel du secteur public du Canada a une rémunération, des avantages sociaux et des pensions acceptables.  Cependant, il a fallu qu’il lutte pour les obtenir.

En 1965, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes revendiquait le droit de négocier collectivement, le droit de grève, des taux de rémunération plus élevés et une meilleure gestion.  Il a contesté les politiques gouvernementales et déclenché une grève illégale dans l’ensemble du pays.

Cette grève est passée à l’histoire comme ayant été une des grèves sauvages les plus importantes qui aient eu lieu au Canada.  Elle a duré deux semaines et s’est soldée par l’attribution de droits de négociation collective à tous les membres du personnel de la fonction publique, bien que certains travailleurs, comme par exemple les membres de la GRC et des Forces canadiennes, aient été exclus.

Actuellement, des syndicats de la fonction publique tels que l’Alliance de la fonction publique du Canada, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada et l’Association canadienne des employés professionnels continuent de riposter aux tentatives des gouvernements de réduire les taux de rémunération, les pensions et les avantages sociaux des fonctionnaires fédéraux.    

Le droit à la sécurité au travail

Au cours des années 1960, l’exploitation des travailleurs et travailleuses – et particulièrement des immigrants et immigrantes – était encore répandue.  Bon nombre d’entre eux gagnaient à peine de quoi faire vivre une famille, vivaient dans la crainte de la déportation et étaient obligés de travailler dans des conditions très dangereuses.  Nombreux sont ceux qui, ne parlant pas l’anglais ou le français, ignoraient les droits qu’ils avaient.

Le 17 mars 1960, cinq travailleurs immigrants italiens – Pasquale Allegrezza, Giovanni Battista Carriglio, Giovanni Fusillo et Alessandro et Guido Mantella – sont descendus 35 pieds sous terre afin de poursuivre leurs travaux dans un tunnel à Hogg’s Hollow, sous la rivière Don, près du chemin Old York Mills et de la rue Yonge à Toronto.

Le tunnel avait un diamètre d’à peine six pieds et les hommes devaient ramper sous une conduite d’eau principale d’un diamètre de 36 pouces parcourant le centre du tunnel pour se croiser.  Ils n’avaient pas reçu de casques protecteurs ni de torche électrique.

Quand l’incendie s’est déclaré, ils étaient emprisonnés, incapables de voir par où ils pouvaient sortir et avaient de toute façon la voie barrée par des câbles fumants d’un côté et un mur de soutènement en ciment de l’autre.  Pris de panique, les secouristes ont fermé l’arrivée d’air du tunnel, causant un effondrement.  En l’absence de compression, les travailleurs ont subi le calvaire causé par le déplacement de bulles d’azote dans le sang.  Puisque le fond du tunnel n’avait pas été dûment scellé avec du ciment, quand on a fini par injecter de l’eau dans le tunnel pour éteindre le feu, un torrent de boue a enseveli les hommes vivants.  Ils sont morts d’asphyxie par l’oxyde de carbone et de suffocation par inhalation de fumée, de sable et d’eau.

La tragédie a été un catalyseur de réforme en matière de santé et de sécurité au travail.  Les syndicats ont dirigé la lutte destinée à voir à ce que le gouvernement de l’Ontario prenne au sérieux la santé et la sécurité au travail qui a donné lieu à l’adoption de la loi sur la sécurité industrielle.

Cette loi a constitué la base du Code canadien du travail (sécurité) adopté plus tard au cours de la même décennie.  Celui-ci englobait des lois et des règlements protégeant la sécurité des travailleurs et travailleuses au Canada.

Ensuite, la Saskatchewan est allée encore plus loin en adoptant l’Occupational Health Act, qui est considérée comme la première loi en son genre établie en Amérique du Nord.

Cette loi existe encore aujourd’hui.  Elle fait de la santé et de la sécurité une responsabilité partagée entre la direction et les travailleurs et travailleuses.  Les syndicats ont lutté ferme pour donner trois importants pouvoirs à la population canadienne : le droit de refuser un travail dangereux, le droit d’être informé des dangers que présente le lieu de travail et le droit de participer aux discussions sur la santé et la sécurité.  Et les syndicats luttent ferme tous les jours pour continuer à obliger les employeurs à s’acquitter de leur responsabilité de garantir la sécurité des travailleurs et travailleuses.

Les prestations parentales et de maternité 

Saviez-vous que les prestations de congé de maternité payé n’existent que depuis 1971 au Canada? Avant cela, la nouvelle mère devait quitter son emploi ou rentrer au travail rapidement si sa famille comptait sur son revenu.

Et même si le gouvernement fédéral a instauré en 1971, dans le cadre du Régime d’assurance-chômage, un congé de maternité payé à 66 % du salaire de la mère pour une durée restreinte de 15 semaines, peu de temps après les syndicats se sont mis à négocier des congés de maternité plus longs comportant des prestations qui élevaient la proportion remplacée du salaire. Les syndicats ont en outre commencé à négocier des garanties permettant aux femmes de réintégrer les emplois qu’elles occupaient avant leur congé de maternité ainsi que des congés de paternité et des congés pour les parents qui adoptent des enfants.

Au début des années 1960, à peine plus de 30 % des femmes de 20 à 30 ans participaient à la population active au Canada. À la fin des années 1970, la proportion avait doublé, dépassant légèrement 60 %. Plus de 70 % des jeunes femmes avaient un emploi rémunéré en 2012 et 70 % des mères d’enfants de moins de cinq ans en ont un actuellement.

Le mouvement syndical a fait des efforts pour rendre les congés de maternité plus accessibles non seulement en incitant à la modification de la législation mais aussi en négociant de meilleurs congés de maternité payés pour ses membres. Et il ne s’est pas arrêté là. Dès 1979, le Front commun du Québec, qui comprenait les travailleurs et travailleuses du secteur public, de l’éducation et de la santé, a négocié un congé de maternité entièrement payé de 20 semaines, 10 semaines de congé d’adoption et cinq journées de congé de paternité. En 1981, après une grève de 42 jours, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes a obtenu un congé de maternité payé de 17 semaines pour les travailleuses des postes de l’ensemble du Canada. Le concept des congés de maternité payés plus longs que ceux que permettaient les prestations d’assurance-chômage n’a pas tardé à se répandre dans tout le pays.

Les syndicats ne se sont pas contentés d’améliorer le congé de maternité. Ils ont couramment négocié avec les employeurs des congés d’adoption, des congés de paternité et des congés parentaux, pour l’un ou l’autre des parents. Actuellement, nous militons en faveur d’un meilleur accès de tous les travailleurs et travailleuses à des services de garde à l’enfance à prix abordable et de qualité afin que les familles puissent mieux concilier le travail et la vie familiale. L’accès à des services d’éducation et de garde des jeunes enfants présente des avantages économiques pour le Canada et stimule la productivité.

Les congés de maternité et parentaux donnent aux nouveaux parents la stabilité économique et le précieux temps qu’il leur faut pour prendre soin de leurs enfants et soutenir la croissance de leur famille.